Ces grands sportifs de Dieu
Au lendemain de l’année consacrée au ministère presbytéral – l’année sacerdotale – quoi retenir de la vie de ces hommes qui ont un jour répondu à un appel du Maître de la Vigne : « Venez à ma suite et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » À certains jours, je suis presque gêné de me présenter en public, tellement la tendance est à la généralisation, faisant de tous les prêtres des coureurs de jupon ou des abuseurs d’enfants. Nous commençons à réaliser que le prêtre est un être humain enveloppé lui-même de la fragilité humaine. Il est tout autant investi de la force d’en-haut pour être un bon intendant des mystères de Dieu, au service du peuple de Dieu. « Le prêtre, disait le saint curé d’Ars, a la clé des trésors du ciel, c’est lui qui ouvre la porte, c’est lui le dispensateur du bon Dieu, l’administrateur de ses biens… Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, est le trésor le plus grand que le bon Dieu peut donner à une paroisse et l’un des dons les plus précieux de la divine miséricorde. »
Pietro De Paoli, dans son volume 38 ans, célibataire et curé de campagne, se présente comme un prêtre dans la mêlée, un homme épanoui, avec ses limites et ses richesses, pas médiocre pour un sou, capable de se tenir debout et de dire en toute humilité : « Je veux pouvoir me tromper et dire des conneries sans que toute l’Église catholique soit engagée. » Ce qu’écrivait Georges Bernanos au siècle dernier dans Le journal d’un curé de campagne, nous dit l’importance pour le prêtre d’être un homme raisonnable sans doute, mais aussi un homme de coeur : « Je suis sûr que mon malheureux ami ne mérite pas le nom de mauvais prêtre… Le prêtre médiocre, hélas! l’est presque toujours. Peut-être le vice est-il moins dangereux pour nous qu’une certaine fadeur? Il y a des ramollissements du cerveau. Le ramollissement du cœur est pire. »
Le moins que l’on puisse dire c’est que le prêtre ne laisse personne indifférent. On attend de lui qu’il soit un homme de Dieu, un être-dans-le-monde, un communicateur, un rassembleur, un homme de confidences et quoi d’autres. « J’ai toujours été frappé, écrit Régis Debray, par ce mystère que constitue l’existence de pasteurs, c’est-à-dire de gens qui ne sont pas déterminés par l’argent, la vanité ou le pouvoir. Dans une société totalement matérialiste où les vies sont organisées par le pognon, voilà des personnes qui relèvent d’un autre ordre, qui posent la question du désintéressement ; dans une société qui ne croit plus en l’au-delà, voilà des gens qui se consacrent à leur prochain, tout autant ancrés dans le temporel que dans l’éternel… ces grands sportifs de Dieu, je les vois, pour ma part, comme les athlètes de ‘l’humanitude’. Ils portent à un point extrême la capacité qu’a l’homme de dépasser infiniment l’homme. »
Paul Arsenault, o.m.i.
Je les vois, pour ma part, comme les athlètes de ‘l’humanitude’. Ils portent à un point extrême la capacité qu’a l’homme de dépasser infiniment l’homme.
Régis Debray
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