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Mère Julienne du RosaireUne femme envahie par l’amour de Dieu Le procès en vue de la béatification de Mère Julienne du Rosaire, la fondatrice des Dominicaines Missionnaires Adoratrices, s’est ouvert l’automne dernier à Québec. Voici le portrait de cette femme qui a été envahie dès son jeune âge par l’amour de Dieu. Par Jérôme Martineau
C’est à l’âge de cinq ans et demi, que le cœur de Julienne Dallaire a été envahi par l’amour de Dieu. Cela se passait le jour de sa première communion. Elle était toute petite mais son cœur était déjà grand. Une grâce spéciale lui a fait reconnaître en ce jour que dans la communion elle recevait quelqu’un qui « nous aime et que l’on peut aimer. » C’est ainsi que commençait le cheminement spirituel d’une jeune fille de la ville de Québec à la santé fragile. Elle perçoit déjà la communion au corps et au sang de Jésus comme un sommet d’intériorité. Cette jeune fille est déjà dans la cour des grands mystiques parce qu’elle perçoit que dans l’Eucharistie, Jésus nous donne son cœur. Il nous envahit de son immense amour. Sœur Françoise Guillot travaille à la promotion de la cause de Mère Julienne du Rosaire. Elle était jeune enfant lorsqu’elle a été témoin de la fondation de la communauté des Dominicaines missionnaires adoratrices en 1945. Sa famille demeurait près du premier couvent situé dans la ville de Beauport en banlieue de Québec. Des débuts très humbles qui se passaient après que Julienne Dallaire ait fait plusieurs tentatives de joindre des communautés religieuses. Une longue recherche La santé de la jeune Julienne Dallaire était fragile mais cela ne l’empêchait pas de poursuivre une quête spirituelle qui lui a fait rencontrer plusieurs déceptions. Peut-être Dieu s’est-il servi de ces déceptions pour faire mûrir la vocation de cette jeune fille à la fois fragile et obstinée. Sa vie a commencé le 23 mai 1911. Elle a été baptisée le 25 mai en l’église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier dans le quartier Saint-Roch de la ville de Québec. Elle était la deuxième enfant de Gaudiose Dallaire et d’Alexina Faucher. Le couple Dallaire-Faucher a eu onze enfants, deux filles, neuf garçons. Ses parents sont des catholiques fervents. Le père travaille de nuit à l’hôtel de ville et il assiste à la messe tous les matins. La mère initie les enfants à une foi profonde et pieuse. Mère Julienne a raconté qu’elle a été très impressionnée à l’âge de quatre ans par le récit de l’Ascension de Jésus. C’est le jour de Noël 1916 qu’elle fait sa première communion. Elle fait alors une prise de conscience profonde de la « présence de Jésus dans l’Eucharistie. » Elle ajoute : « J’ai tellement goûté Jésus qu’il me faudra par la suite le recevoir tous les jours. » Cela se passait au moment où elle faisait ses études au couvent des religieuses de la Congrégation de Notre-Dame dans le quartier Saint-Roch. Elle y menait une vie spirituelle marquée du sceau de cette époque : chapelet quotidien, offrande de l’heure, messe et adoration les premiers vendredis du mois. Julienne Dallaire continue à ressentir un attrait profond pour l’Eucharistie. Elle raconte qu’à l’âge de douze ans elle possédait un petit livre qui contenait les évangiles du dimanche. Elle allait devant le Saint Sacrement le dimanche à l’église pour apprendre par cœur cet évangile. « C’est là, écrit-elle, que je comprenais comment Notre-Seigneur était vraiment présent; je goûtais la présence du Seigneur dans l’Eucharistie. » Il est ici intéressant de constater que cette jeune femme amène l’évangile devant le tabernacle. Cela se passait à une époque où l’Église n’encourageait pas pour les laïcs la lecture privée de la Parole de Dieu. Ce qu’il faut retenir, c’est le fait qu’elle associe Parole de Dieu et Eucharistie. Un père de l’Église, Jean Chrysostome, a écrit qu’il y a à la messe deux tables : la table de la Parole et la table eucharistique. Sa jeunesse se déroule dans ce climat spirituel. Elle se rend régulièrement chez les Servantes du Saint-Sacrement pour faire de l’adoration. C’est devant le Saint Sacrement exposé qu’elle découvre « que c’est le Christ, le Fils de Dieu incarné qui est le seul vrai adorateur du Père et que nous sommes adorateurs en lui et par lui; que le premier battement de son Cœur, son premier souffle de vie fut, non pas son premier acte d’adoration, mais le commencement d’une adoration qui ne devait jamais finir. (…) Son sacrifice sur la croix est la suprême adoration qui se perpétue à travers les siècles, grâce au sacrifice de la messe. » C’est à l’âge de dix-sept ans qu’elle fait son premier essai dans une communauté religieuse, les Franciscaines Missionnaires de Marie. Sa santé n’a pas pu tenir. Elle se reprend à l’âge de 21 ans chez les Servantes du Saint-Cœur de Marie. Il s’agit d’une communauté enseignante située à Beauport. Quelques mois d’enseignement l’épuisent et elle a compris qu’elle ne pourrait pas mener sa vie dans cette communauté. Un nouvel essai a lieu au moment où elle a 29 ans. Elle approche de l’âge limite pour entrer en communauté. Le Droit Canon avait fixé cette limite à l’âge de 30 ans. Elle fait des démarches auprès des Dominicaines de l’Enfant-Jésus durant l’été 1940. Elle
est rapidement séduite par la spiritualité
de saint Dominique et elle se découvre une réelle
vocation dominicaine. Une certitude intérieure
l’oriente dans ce sens. Cependant, en septembre de la
même année, elle est victime d’un
empoisonnement alimentaire et elle est gravement malade. Le
médecin pense même qu’elle peut en mourir.
Ses forces physiques tardent à revenir et la
supérieure générale lui parle de retourner
au foyer familial. Julienne Dallaire ne veut pas y croire. Elle a la
conviction qu’elle sera une Dominicaine. Finalement, le 2
novembre 1940, elle quitte les Dominicaines de
l’Enfant-Jésus les larmes aux yeux. Que lui
arrivera-t-il?
Une fondation C’est par une rencontre providentielle que le cheminement de Julienne Dallaire va être relancé. Elle rencontre le chanoine Cyrille Labrecque une première fois le 26 janvier 1941. Ce prêtre deviendra son directeur spirituel. Elle prononce en mars 1942 des vœux privés. Elle s’engage à vivre pauvrement, chaste et obéissante jusqu’à la mort. Voilà qu’un nouveau rêve semble en voie de se réaliser : fonder une nouvelle communauté. Elle rencontre alors Colette Brousseau, une jeune femme atteinte de tuberculose. Cette première rencontre impressionne la jeune malade. Elle raconte qu’elle a eu « la perception pénétrante de la présence divine qui me paraissait déborder de l’être de cette personne. » Le chanoine Labrecque accompagne toujours Julienne Dallaire. Il suggère à Colette Brousseau de demander sa guérison. Il dit au Seigneur : « Si vous lui accordez la guérison, je comprendrai que vous voulez la fondation et de plus qu’elle doit s’y joindre. » Elle acquiesce à la demande du chanoine et elle fait une neuvaine au Cœur Eucharistique par l’intercession de saint Dominique, de saint Vincent Ferrier et de sainte Catherine de Sienne. Son état de santé s’améliore graduellement de sorte que six mois plus tard elle peut travailler au magasin de son père. Le chanoine Labrecque perçoit dans l’amélioration de l’état de santé de Colette Brousseau le signe qui lui permet de croire que la fondation d’un nouvel institut religieux est voulue du Seigneur. Il doit présenter ce projet à l’archevêque de Québec, le cardinal Jean-Marie-Rodrigue Villeneuve. Sans repousser le projet, le cardinal Villeneuve y voit bien des difficultés. Il écrit que les faits surnaturels, comme la guérison de Colette Brousseau et des révélations privées ne peuvent en principe dicter la conduite d’un chef d’Église. Il constate aussi la pauvreté des deux femmes. Julienne Dallaire ne se laisse pas abattre. Elle croit fermement que Dieu lui a donné les signes nécessaires à la poursuite de son projet. C’est au chevet de son jeune frère très malade qu’elle écrit la réponse qu’elle destine au cardinal Villeneuve. Elle y énonce clairement le but du nouvel institut : « La raison d’être du nouvel institut serait précisément de former une génération d’âmes toutes dévouées à l’amour de Notre-Seigneur dans son eucharistie, amour qu’elles honoreront sous le vocable de Cœur Eucharistique de Jésus. Pratiquer et faire connaître cette dévotion, c’est la mission que le bon Dieu paraît vouloir confier à l’institut desDominicaines MissionnairesAdoratrices. Pourquoi missionnaire?... Peut-être à cause des besoins actuels de l’Église, et qu’un institut rendant un culte spécial au Cœur de Jésus favoriserait les vocations apostoliques? » Elle décrit aussi l’idéal de la nouvelle communauté : « Reproduire Jésus dans son amour. Sa grande occupation : l’étudier dans tous ses mystères pour pénétrer toujours plus avant dans son divin Cœur, afin d’y puiser la vie divine pour elles et pour les âmes, uniquement en vue de glorifier Dieu dans le Christ Jésus. »
Le cardinal Villeneuve est touché par cette lettre et il
autorise la fondation de l’institut. C’est le 30
avril 1945 que les Missionnaires Adoratrices sont fondées.
Elles sont quatre à s’établir au 66 rue du
Moulin à Beauport. Elles sont pauvres mais la population leur
vient aide en leur fournissant des vivres. Les Augustines de
l’Hôpital Général sont elles
aussi très généreuses pour la
communauté naissante. Elles font parvenir plusieurs paniers de
provisions pour alimenter les quatre femmes durant une semaine.
Julienne Dallaire devenue en religion Mère Julienne du Rosaire
prononce ses vœux perpétuels le 7 octobre 1948. La
jeune communauté recrute des membres de sorte
qu’à partir de 1955, soit dix ans après la
fondation, mère Julienne voit sa vocation missionnaire
confirmée par l’envoi de religieuses en Alberta, en
1962 au Pérou et en 1967 en Haïti.
Une mission eucharistique Sœur Françoise Guillot, qui a vécu avec Mère Julienne du Rosaire durant plusieurs années décrit avec beaucoup d’attachement le charisme de la fondatrice. « L’intuition profonde de Mère Julienne est que Jésus est avec nous pour nous entraîner dans l’adoration du Père, Jésus étant l’adorateur parfait. Elle a proposé une voie spirituelle neuve. Mère Julienne s’est faite la messagère de l’immense amour dans lequel Jésus se rend présent au monde. L’acte suprême d’amour posé par Jésus le jeudi saint n’est pas passager. Il est actuel et il soutient l’existence. Cet élan d’amour ne connaît pas de terme. En ce sens, Mère Julienne a voulu que nous devenions des éducatrices eucharistiques du peuple de Dieu. Cette femme n’avait pas de doctorat en théologie mais l’Esprit la poussait à aller de l’avant dans cette mission. Elle disait que notre plus grand travail était de dilater notre puissance d’aimer. » Mille anecdotes viennent illustrer la force d’aimer qui habitait le cœur de Mère Julienne du Rosaire. Sœur Françoise Guillot a un jour été témoin d’un appel téléphonique que Mère Julienne a reçu de la part d’une femme qui ne comprenait pas pourquoi le bon Dieu lui faisait vivre tant de souffrances. Elle disait que ce n’était pas juste. Mère Julienne s’est tournée vers moi à la fin de la conversation téléphonique pour me dire : « Cette femme m’a dit une grande vérité. C’est si grand de souffrir avec le Christ qu’on ne mérite pas de souffrir avec lui. » Son
amour des autres se tournait facilement, selon sœur Guillot,
vers tous ceux et celles qui venaient la rencontrer. Je me souviens
d’une femme qui lui demandait de prier pour elle.
Mère Julienne lui
répondit : « Priez-vous? Allez-vous
à la messe? Savez-vous c’est quoi la messe?
C’est un rassemblement de famille durant lequel Dieu nous
donne son Fils. » Sœur Guillot
ajoute : « Elle faisait cheminer les
gens. Elle ne priait pas nécessairement pour
qu’un miracle survienne mais plutôt pour que la
volonté de Dieu soit faite. Mère Julienne a
ramené bien des gens vers l’Eucharistie. Elle a
connu un grand rayonnement auprès des laïcs et cela
sans beaucoup sortir du monastère. Elle a
fondé la Fraternité eucharistique qui se
réunit encore ici. Elle est morte avec une réputation
de sainteté. Nous attendons maintenant des signes pour que
cette sainteté soit reconnue officiellement par
l’Église. Cette femme a
été porteuse d’une grande
densité de vie. » On
peut communiquer avec les Dominicaines Missionnaires Adoratrices au |

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