À la Presqu’île du silence de Miguasha
Un peu du ciel descend sur terre
Direction
la Baie-des-Chaleurs en Gaspésie, vers le parc national de
Miguasha. Situé à
l’extrémité sud de la péninsule
se trouve un lieu particulièrement calme, unePresqu’île du silence
où les pèlerins de notre monde agité
découvrent des sentiers de
silence.
Par Louise Duchesne
Photo: Jérome Martineau
Telle sa falaise fossilifère qui témoigne
d’un milieu de vie d’il y a 370 millions
d’années, la nature de Miguasha a le pouvoir de
nous révéler cette part
d’éternité qui habite en chacun de
nous.
Depuis l’enfance, Merzel
Caissy prend plaisir à marcher sur cette terre de couleur
rouge, s’asseoir sur une roche et écouter le rythme
des vagues. Parfois, elle aperçoit des aigles balbuzards qui
prennent leur envol. Durant ces précieux moments de solitude,
la Gaspésienne en elle a toujours su qu’elle
n’était pas seule... C’est dans ce lieu
magnifique, sur la terre de ses ancêtres, que la religieuse,
soeur de la Charité de Québec, a fondé ce
paisible ermitage il y a 16 ans, après avoir vécu
elle-même trois ans de silence suivi d’une
expérience de dix ans au Centre de spiritualité
Manrèse à Québec.
«C’est important pour moi de répondre aux
besoins de notre monde, raconte cette femme passionnante, maintenant
âgée de 75 ans. Alors que j’oeuvrais comme
travailleuse sociale auprès des familles en
difficultés dans la région de Lévis, je
sentais un appel au silence tout en constatant la grande
pauvreté spirituelle de notre
monde. »
Les
événements l’ont ensuite conduite
à Miguasha (en langue micmaque: terre rouge), au Camping
l’Érablière, sur une parcelle de terrain
appartenant à son frère. En 1993, dix maisonnettes
sont à la disposition des personnes qui ont besoin de calme
pour se retrouver. La nourriture offerte est sobre et on évite
toute activité liée à la radio, à
la musique, au cellulaire, etc. Le style de vie simple favorise la
réflexion et l’accueil du moment présent.
Tout se passe dans le silence et la solitude en contact étroit
avec la nature de la Baie-des-Chaleurs. Selon soeur Merzel,
l’expérience du
“désert”, pour reprendre une expression
souvent employée, permet de se refaire sur les plans physique,
psychologique et spirituel.
« Nous vivons dans une société qui nous
éloigne de plus en plus de nous-mêmes comme
êtres humains, observe la religieuse. L’accent est
mis sur l’urgence et l’efficacité.
Même le temps est devenu une marchandise que l’on
veut vite rentabiliser. Or, l’être humain
n’est pas fait pour vivre seulement à ce niveau.
»

Une
grande complicité unit soeur Merzel Caissy,
conférencière et fondatrice de la
Presqu’île du silence en Gaspésie, et sa
collaboratrice Lise Parent. Pour elles, « le silence
c’est la médecine douce de notre époque
». Ce silence, on peut le trouver chaque jour: dans la
voiture, lors d’une promenade, en préparant le
repas...
Un cheminement progressif
Certaines personnes craignent
d’entreprendre un tel pèlerinage. « Si tu
penses que je vais aller passer une semaine en silence, je passe ma vie
seule dans mon appartement...», entend-t-elle parfois. Soeur
Merzel fait alors la nuance entre la solitude et
l’isolement. «La solitude est positive, alors que
l’isolement nous coupe des autres. La solitude
véritable, ce n’est pas être seul,
c’est être chez soi. C’est une
invitation à revenir chez soi, à
s’enfoncer dans ce lieu stable, solide en nous, où
nous sommes réunis autour d’un Amour plus grand que
nous, qui nous libère de la peur et de
l’angoisse.»
À
la Presqu’île du silence, soeur Merzel et son
équipe proposent un cheminement en quatre étapes. La
session Désert 1 invite les participants
à retrouver leur identité humaine et
chrétienne en découvrant ce qui fait obstacle
à la vie en soi. Cette session est suivie par leDésert 2 où l’on
découvre sa mission pour en vivre et donner un sens à
sa vie. Vient ensuite le Désert 3,
où l’on apprend à simplifier sa vie de
prière à l’école de la
prière du coeur. Durant le Désert 4,chacun des participants apprend à vivre dans le
discernement spirituel quotidien, bien enraciné dans son
identité et sa mission. On invite alors les
pèlerins à découvrir leur propre voix du
silence.
«Chaque session propose une
démarche guidée avec deux animations par jour, ainsi
qu’une prière chaque soir, raconte sœur
Merzel. En dehors de ces trois demi-heures, les gens sont libres et ils
peuvent profiter de la nature, en autant qu’ils restent en
silence.»
Par la
suite, l'animation aidant, c'est la rencontre avec
soi-même. « La nature qui est d’une
richesse exceptionnelle, avec la mer, la forêt et la
montagne… nous renvoie vite à notre propre nature,
poursuit sœur Merzel. C'est alors
l'opération vérité. On ne
se raconte pas d'histoire dans le silence. Nos faux fuyants sont
démasqués. Tout se fait dans la confiance en l'Amour
qui nous accueille dans nos limites et pauvretés.
»
Selon la religieuse, la
semaine passe vite, contrairement à ce que l’on
appréhende. Le samedi, c’est maintenant le temps de
parler. Après s’être fait le cadeau du
silence toute la semaine, les participants se font maintenant le cadeau
d’une parole pleine de vie nouvelle.
« Moi aussi je vis ce silence », nous
partage sœur Merzel. « Cependant, je vise
surtout à faire entrer chaque personne dans sa propre vie, non
dans la mienne. Le focus est toujours sur la docilité au
véritable Maître du silence qui est
l’Esprit Saint… moi je ne suis qu’un
Jean-Baptiste qui prépare les chemins. Je peux susciter
l’intérêt d’entrer chez-soi,
faciliter la démarche, éveiller le désir. Je
cède ensuite ma place à l’Esprit qui ne me
déçoit jamais. »
Dans la région de Québec : Les Sentiers du Silence
Au
Lac Vert, à Saint-Damien de Bellechasse, en
continuité avec La Presqu’île du Silence,
un groupe de personnes formées à l’esprit
du silence par S. Merzel Caissy prolonge le projet de la
Gaspésie.
Cette équipe a
mis sur pied un organisme à but non lucratif : Les
Sentiers du Silence. Elle offre diverses
activités qui seront appelées à se
développer. Pour l’instant, elle offre des fins de
semaine de silence au Lac Vert et des marches en silence sur des
sentiers de la région de Québec. Psychologue et
directrice d’une école primaire à
Breakeyville, Lise Parent fait
partie de ce groupe. Elle raconte son
expérience.
«Il y a 12 ans,
je me suis retrouvée à Miguasha.
C’était une période de ma vie où
j’étais habitée par une intense
quête de sens. Il faut dire que 25 ans auparavant,
j’avais rompu avec l’Église et avec
toute pratique religieuse. J’avais jeté le
bébé avec l’eau du bain. J’ai
été attirée par le mouvement du Nouvel
Âge. Il y 12 ans, je me suis retrouvée dans un
cul-de-sac, avec un grand sentiment de faire fausse
route.»
Cette démarche
intérieure a permis à Mme Parent de relever plusieurs
défis. « La difficulté n’a pas
été de me taire en paroles mais bien de faire taire
mon mental, qui me ramène dans mon passé, dans mes
jugements, dans mes peurs ou dans mes préoccupations futures,
avoue-t-elle. J’ai appris à écouter le
silence. Il me parle à travers la nature, la beauté
d’un coucher de soleil ou à travers
l’arbre qui a traversé toutes les
saisons. J’ai traversé dans ma vie bien
des automnes, des printemps et des hivers... Il me parle aussi par des
signes inusités, telle une pierre en forme de coeur
gravée d’une croix qui me tombe sous la main juste
au bon moment... »
Elle
poursuit: « C’est dans la simplicité
d’un quotidien dépouillé des artifices du
monde actuel, à partir de pistes de réflexion, que le
silence a su me rejoindre là où
j’étais, et là où
j’avais besoin d’être touchée.
C’est dans le silence que Dieu m’a
apprivoisée tout doucement. En fait, le silence a
été un chemin de vérité et de
libération. Il m’a mise face à qui je suis
et j’ai pu mettre de l’ordre dans mes valeurs. Le
silence a décapé et il décape encore une
à une les couches qui me séparent de mon coeur et de
l’essence de mon être. »
Les bienfaits d’un tel cheminement sont nombreux.
« J’ai d’abord reçu le cadeau
de la confiance. Cette rencontre de Jésus qui est
l’incarnation de ce Dieu amour a changé ma vie.
J’ai aussi reçu le cadeau
d’être une meilleure personne dans mes relations.
J’ai aussi découvert que j’avais envie
d’aider d’autres personnes dans leur
quête de sens ou dans leur recherche de
Dieu. »
« Viens, au pays de la terre rouge,
Là où dans la pierre,
la vie est fossilisée
Tu te découvriras
Pierre vivante,
Où est fossilisé
L’Amour»
Merzel Caissy
Pour de plus amples informations :
S. Merzel Caissy, s.c.q.
résidence: (418) 661-3536 (sept. à mai)
Gaspésie : 418- 794-2929 (mai à sept.)
courriel: merzelps@
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http://www.presquiledusilence.qc.cawww.presquiledusilence.qc.ca
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