Pensées spirituelles

Voyez la nouvelle SECTION BLOG par M. Jérôme Martineau

Ne manquez pas les nouveaux coups de coeur de JUILLET 2010 de François Gloutnay ainsi que les autres liens revisés...



Sommaire juin 2010


Premier mot
La loi du silence
Par Jérôme Martineau

En bref
Des informations diverses et des livres suggérés.

Entrevue
Ces chrétiens que l’on persécute
Une entrevue avec René Guitton, auteur du livre Ces chrétiensqu’on assassine. Il raconte le sort que l’on réserve aux chrétiens dans plusieurs pays du monde.
Propos recueillis par Jérôme Martineau

Reportage
Quand l’Église vire au vert
Norman Lévesque nous parle de son projet d’une Église verte. Il croit que l’Église doit s’engager d’une manière authentique dans une démarche écologique.
Un reportage de Michel Dongois

Reportage
Cécile Allard
Une femme engagée en Église depuis 30 ans
Portrait d’une animatrice de pastorale paroissiale. Une femme qui croit que les choses peuvent changer.
Un reportage de Chantal Larochelle

Reportage
L’aide aux chrétiens de Terre Sainte
Un reportage sur la situation des chrétiens en recherche d’un logement en Terre Sainte
Un reportage de Paul Sylvestre

Mon âme a soif
La joie de croire
Une chronique de Paul Longpré

Le monde des jeunes
Valérie, 25 ans
Réflexions sur la foi et l’engagement de la part de Valérie, une jeune femme âgée de 25 ans.

Répondez-moi
La numérologie
Par Paul-Émile Landry 

Marie
Miroir du soleil de justice
Élizabeth de la Trinité



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Les paysages du coeur

Gilles Caron est un prêtre membre de laSociété des Missions Étrangères depuis 1950. Il a vécu 47 ans au Japon y exerçant son talent artistique.  Il a peint, décoré des églises, fabriqué des vitraux et fait de la sculpture. Voici le portrait d’un  artiste que nous méritons de mieux connaître.

Par Jérôme Martineau

Le Voyageur Huile, 1 m x 80 cm 1977 / Œuvre de Gilles Caron p.m.é
« Dieu est Lumière, en Lui, point de ténèbres. » 1 Jn 5

 En toi, Je suis la route, la lumière du monde, Je suis ta beauté, ton identité profonde.
L’Univers tourne autour de Moi, en toi, pour l’éternité. 



Gilles Caron est né à Cap-de-la-Madeleine, à deux pas du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Un Québécois pure laine! Pourtant ceux et celles qui le rencontrent aujourd’hui côtoient un homme qui a les traits d’un  occidental mais la philosophie et la spiritualité d’un oriental.  Un homme ne vit pas 47 ans au Japon sans en adopter un peu les traits culturels et spirituels. Mais ce qui frappe le plus chez Gilles Caron c’est la qualité de son regard. J’appelle ce regard le regard de l’artiste. C’est comme si les artistes avaient derrière leurs yeux une lampe qui vient éclairer la réalité sous une nouvelle dimension. Ainsi, par leur main, par leurs pinceaux et leurs couteaux, ils créent des œuvres d’art qui semblent habitées par une âme : l’âme de  l’artiste.

En regardant la vie de Gilles Caron on voit tout de suite qu’une âme artistique l’a toujours habité. Il déclarait, dans une entrevue qu’il a donnée à la revueMissions-Étrangères en 1980, qu’à l’âge de douze ans il sculptait des bas-reliefs sur bois avec les ciseaux à bois de son père qui était menuisier. Il  réalisait les visages d’hommes célèbres comme Moïse et Beethoven et autres grands musiciens. Il possède encore le buste en bois de Beethoven qu’il a sculpté à l’âge de 18 ans alors qu’il étudiait au Séminaire Saint-Joseph à Trois-Rivières. 

 À 14 ans il  attirait déjà l’attention de Monseigneur Albert Tessier, un prêtre qui soutenait  les artistes. C’est dans son bureau, vrai musée de la peinture québécoise, qu’il fait connaissance avec les  œuvres originales d’Ozias Leduc, Laurence Gagnon, Marc-Aurèle Fortin et Rodolphe Duguay qu’il visitera d’ailleurs quelques fois à son atelier de Nicolet avec Mgr Tessier afin de recevoir des cours de peinture. 

Une vocation

Le jeune homme qu’il était avait aussi une âme missionnaire. Il se souvient avoir entendu durant sa jeunesse les récits des missionnaires oblats qui travaillaient  dans  le Nord du Canada. Mais ce sont finalement les Prêtres des Missions Étrangères qui ont vu l’étudiant de vingt ans frapper à leur porte. Il avait connu leurs missions à travers leur revue qui circulait dans les classes du séminaire. Ordonné prêtre en 1954 et nommé au Japon, Gilles  voit sa vocation artistique confirmée par sa communauté qui l’envoie d’abord étudier les beaux-arts à Paris. Il y fait des rencontres qui vont marquer sa vie. Il reçoit chez lui Paul-Émile Borduas qui apprécie son travail et l’invite plusieurs fois dans son propre atelier, rue Rousselet, où ils passent ensemble des heures inoubliables. L’artiste Albert Dumouchel qu’il avait connu à Montréal le visite à sa résidence et ils parlent de leurs projets.

 Tout ce qui a relation à l’Asie l’intéresse. Il se lie d’amitié avec Paul Foujino, un peintre japonais qui séjourne à Paris. C’est à son atelier de banlieue qu’il boira son premier thé vert japonais un jour d’hiver. Il visite les musées et les églises. L’art sacré, à la fin des années 50, était en train de se renouveler. Il suit des cours avec André Bouvier et s’intéresse de plus en plus au lien qui unit la catéchèse et l’art dans l’expression de la foi dans toutes les religions. Il s’explique : « Un jour je suis allé au Musée Guimet des Arts asiatiques de Paris. J’ai vu pour la première fois un mandala (mot sanscrit signifiant  cercle),  original peint par un tibétain. Les moines s’en servent pour leur enseignement religieux. Les rosaces de nos cathédrales sont aussi appelés mandalas. Je savais que le psychologue suisse C.G. Jung l’utilisait pour aider ses clients.  J’ai décidé alors d’en faire un sujet d’étude, cherchant à exprimer par des symboles la réalité intérieure d’une scène évangélique ou, par exemple, la dignité de toute personne humaine. En un mot, une prédication pour les yeux. 

Le texte de saint Jean : « Dieu est amour : celui qui demeure dansl’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui  » (1Jn 4, 16), ainsi que celui de saint Paul : « Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous » (1Cor 3.17), est une révélation biblique qui inspire la création de mes mandalas. D’autres religions ont eu d’ailleurs plus ou moins la même intuition exprimée différemment.

Gilles Caron poursuit sa réflexion : « Les humains vivent à la surface de soi. Autrefois, les gens méprisaient leur corps.  On mettait beaucoup l’accent sur le péché. Les gens vivaient dans une espèce de remords. Tout se brasse au-dedans de la personne. Il faut penser au cœur profond, à son âme. Tout le monde veut être bon mais les conditions pour y parvenir sont difficiles. Il faut vivre dans le silence et développer une âme contemplative. J’ai pratiqué cela durant des années.  J’ai été très sensible à la présence de la Trinité en moi.  Cette présence trinitaire en nous nous anime. Dieu est en nous. J’avais découvert les écrits d’Élizabeth de la Trinité pour qui l’être humain est animé par la Trinité. J’ai vécu dans les Églises d’Asie et j’ai vu que le silence y occupe une grande place. Le sourire est important en Asie. Si on aborde un asiatique en lui souriant, il y a déjà  quelque chose de gagné dans la relation. »

 

Les disciples d’Emmaüs  Huile, 1m x 1m  2000 / Œuvre de Gilles Caron p.m.é. 

Retour vers Jérusalem le cœur brulant de Joie. Ils l’ont reconnu à la fraction du pain.
Il est Vivant, Lumière sur leur chemin. Dans la nuit, ils seront témoins de la Vie sans fin.     

 « Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous,
quand Il nous parlait en chemin et qu’Il nous expliquait les Écritures » (Luc 24, 32)
« Ils l’avaient reconnu à la fraction du pain » (Luc 24, 35).

Une œuvre importante

« Le tableau « Le Voyageur » a été peint en 1977 dans le style néo-réaliste américain de l’époque. Un cycliste avance vers nous, un sac de voyage sur le dos, symbole de ses connaissances et de ses expériences. On dirait une affiche pour une rencontre sportive. Mais en y regardant de près, on aperçoit au centre du tableau, une lumière qui fuse derrière le moyeu de la roue entourant le cycliste, juste à l’endroit du cœur de celui-ci. C’est le symbole de la présence mystérieuse de Dieu en lui.

« Les taches blanches sur le pavé se dirigeant vers le cœur du voyageur, indiquent que c’est lui-même qui est au bout de son voyage ou plutôt Dieu en lui, même si le cycliste semble en être peu conscient et qu’il croit avancer de ses propres forces. Au centre du mandala «Les disciples d’Emmaus », le pain broyé par les mains percées du Christ ressuscité devient la nourriture spirituelle nécessaire au voyageur. De même, au centre de la peinture « La Samaritaine », la Trinité, symbolisée par les trois poissons, est la source d’eau vive jaillissant en lui en vie éternelle. Ainsi nous pouvons voir  graphiquement, la beauté, la grandeur, la dignité de tout être humain habité par la Présence divine se donnant à nous sous des formes différentes exprimées par les symboles. C’est là le but de mes mandalas. »

Gilles Caron a travaillé avec au moins 15 architectes japonais différents, soit pour des constructions d’églises neuves, soit à des plans de rénovation de chœur, dans lesquels il a exprimé le même message sous des techniques différentes : vitrail, sculptures, peintures. Il a tenu  compte de la mentalité japonaise qui apprécie les espaces dépouillés favorisant la méditation. Gilles ajoute : « L’espace où porte le regard doit être beau et calme. L’éclairage gagne à  être indirect pour  ne pas nuire au climat de la prière.  J’ai voulu créer des centres de beauté, favorables au silence, à la méditation et aux célébrations communautaires où tous peuvent participer. »


La Samaritaine - Huile, 1m x 1m  2003 / Œuvre de Gilles Caron p.m.é.

Au centre du mandala, une fleur de lotus (symbole du cœur en Asie)
dans laquelle sont dessinés trois poissons, symbole de la Trinité
« Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit :
donne-moi à boire, c’est toi qui l’en aurais prié et il t’aurait donné de l’eau vive » 9Jn 4, 10).