Enterrer la hache de guerre

Gaudet Stephane

II n’y a pas si longtemps, quelques décennies seulement, des catholiques changeaient de trottoir pour éviter de passer près de l’église protestante de leur patelin. Il était interdit aux prêtres et aux théologiens catholiques de participer à des rencontres avec leurs homologues protestants. Des publications protestantes dénonçaient les « erreurs du romanisme ». Catholiques et protestants se voyaient comme des adversaires sinon des ennemis. Le catholicisme avait un côté « protestantophobe » et beaucoup de protestants étaient résolument anticatholiques.

Le 31 octobre 2017 marque le 500e anniversaire du début de la Réforme protestante, événement d’importance capitale dans l’histoire mondiale. Chose inouïe, la Réforme, qui a pourtant divisé l’Église d’Occident, fait l’objet d’une commémoration commune des protestants et des catholiques. À l’invitation des luthériens, le pape François s’était rendu en Suède en octobre 2016 pour participer au lancement de l’année de commémoration, un geste historique. Le Pape a même admis que Martin Luther n’avait pas cherché à diviser l’Église, mais à la renouveler, et qu’il y avait eu des éléments positifs et légitimes dans la Réforme. 

Quel contraste avec les relations entre catholiques et protestants dans le passé! Aujourd’hui, l’Église catholique s’est engagée de façon irréversible dans le dialogue œcuménique: elle « considère dans l’espérance l’engagement œcuménique comme un impératif de la conscience chrétienne éclairée par la foi et guidée par la charité » (encyclique Ut unum sint, 8).

Les Églises catholique et protestantes ont certes des divergences, parfois sur des points fondamentaux: rapport entre Écriture et Tradition, compréhension de l’eucharistie et des sacrements, du ministère ordonné, autorité de l’évêque de Rome, culte marial et des saints, etc. Mais il faut faire en sorte que ces différences ne nous empêchent pas d’être ensemble et de travailler ensemble à changer le monde.

Catholiques et protestants ne sont plus des ennemis, mais des frères et sœurs. Notre foi commune est plus grande que nos désaccords doctrinaux. Après tout, il n’y a qu’« un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Éphésiens 4,5). Nous sommes disciples du Christ avant d’être membres d’une confession chrétienne particulière. Cessons de parler de « religion catholique » et de « religion protestante »; notre religion commune, c’est le christianisme, bien qu’il existe différentes Églises et différentes façons d’être chrétien. 

L’antagonisme et les condamnations sont choses du passé, le temps n’est plus aux polémiques confessionnelles. La hache de guerre est enterrée. Une religion qui enseigne « aimez-vous les uns les autres » n’est pas très crédible si ses adeptes se battent entre eux. Quel contre-témoignage!

Passons « [d]u conflit à la communion », comme nous y invite le titre du document qui a préparé la commémoration commune des 500 ans de la Réforme. « Que tous soient un » (Jean 17,21). Et que cette commémoration commune nous aide à surmonter nos divisions pour être ensemble dans le Christ.

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