Changer de regard avec MarieGaudet Stephane

Depuis des siècles, la tradition catholique fait de mai le « mois de Marie ». À la revue Notre-Dame-du-Cap, ce mois nous donne l’occasion de vous présenter un numéro au contenu plus marial que les autres, habitude à laquelle nous ne dérogeons pas cette année.

C’est aussi en mai, le 31, qu’est célébrée la fête de la Visitation de Marie, un épisode important dans l’histoire du salut raconté au début de l’Évangile de Luc. Dans ce passage, la mère de Jésus récite un cantique de gratitude qu’on appelle cantique de Marie ou Magnificat, selon son premier mot en latin. Marie y emploie le langage et les images de l’Ancien Testament, ce qui montre qu’elle est bel et bien une fille d’Israël, enracinée dans son peuple et son histoire. Et dans ce cantique, deux versets aux accents politiques :

Edito citation0518Il renverse les puissants de leurs trônes et il élève les petits, ceux qui ne sont rien. Il rassasie les affamés par toutes sortes de biens, et il laisse les riches les mains vides (Luc 1,52-53).

Un tel discours dans la bouche de Marie contraste avec le portrait un peu doucereux et naïf qu’une certaine imagerie a fait d’elle dans le passé.

Pendant le carême, j’ai lu le commentaire qu’a écrit Martin Luther en 1521 sur le Magnificat. Selon lui, le cantique nous enseigne que « Dieu est un Seigneur qui a pour unique occupation d’élever ce qui est bas, d’abaisser ce qui est élevé. »

Je médite là-dessus depuis. Je ne peux m’empêcher de penser aux choses et aux gens que l’on regarde de haut, une attitude si humaine et si répandue. On sait que des gens de Montréal regardent de haut ceux des régions. Certains citoyens de Trois-Rivières regardent de haut « le Bas du Cap », ce secteur ouvrier et aujourd’hui défavorisé de Cap-de-la-Madeleine où est situé le Sanctuaire. Les « de souche » peuvent regarder de haut les immigrants et les réfugiés. Les intellectuels chrétiens peuvent regarder de haut la foi du charbonnier et la piété populaire. Les membres des classes moyennes et aisées regardent souvent de haut les démunis.

Saint Eugène de Mazenod a fondé les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée justement pour être auprès des « plus abandonnés », pauvres matériellement et spirituellement. Ces laissés-pour-compte, nous ne devons pas les regarder de haut. Ce qui est petit et méprisé aux yeux des hommes est précieux aux yeux de Dieu, nous dit le Magnificat.

Grâce à ces paroles que l’évangéliste met sur les lèvres de Marie, humble fille d’un peuple insignifiant aux yeux des Romains, j’essaie de voir comment je peux changer mon regard sur les autres et les choses que je regarde de haut. Je souhaite en arriver à ne plus valoriser ce qui est élevé aux yeux des hommes et à ne plus détourner mon regard de ce qui est bas. Apprendre à voir avec les yeux de Dieu. 

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