La salle d'attente

Thibeault Sylvie

«N’oubliez pas, on ne touche à rien à l’hôpital, il y a des virus partout! »

Le message est un peu direct, mais va droit au but! Mes enfants auront plus de mille fois entendu cette ligne de leur maman un peu névrosée, juste avant de pénétrer à l’intérieur de l’hôpital. Elle souhaite bien ne pas voir entrer la grippe ou la gastro dans sa demeure, sachant d’expérience que ledit virus, après avoir fait la tournée familiale, peut allégrement refaire le tour en boucle. On ne s’en sort plus!

La salle d’urgence, chose à préciser, se veut le passage obligé de tous mes rendez-vous à l’hôpital, de la prise de sang à la radiographie, en passant par la chirurgie d’un jour. En traversant la pièce, je suis touchée par ces gens éreintés d’avoir passé la nuit assis sur une chaise droite. Un enfant dormant dans les bras fatigués d’une mère qui l’est tout autant, l’inquiétude dessinée sur les traits cernés de son visage. Une personne âgée, courbée sous son manteau tenant lieu de couverture, exposant sa vulnérabilité au vu d’un système qui lui est mal adapté. Un jeune au bras droit entièrement tatoué, le gauche dans une écharpe de fortune, fixant le téléviseur, « anesthésieur » du temps qui ne finit plus. Sur ses genoux repose la tête de sa copine sommeillant tendrement sur trois chaises droites de long.

L’attente à l’état pur!

Dans chacune de nos vies, quand on y pense, de façon plus subtile parfois, l’attente se fraie un chemin avec sa panoplie d’émotions sous-jacentes :

Inquiétude oppressante… avant d’avoir finalement des nouvelles de son rejeton, parti aux études à 14 fuseaux horaires de la maison.

Frénésie anxieuse… de la femme dont les eaux ont crevé, rendant l’heureuse  venue au  monde imminente. Appréhension de la douleur des prochaines heures, qui, du même coup, lui pend au bout du nez.

Vertige… d’entendre ce verdict du médecin parti chercher le dossier, assis seul dans un bureau froid, impersonnel. Interminables sont les minutes qui s’écoulent.

Effroi…
de la mort, de l’inconnu, d’avoir mal, mal longtemps…

Hâte… de s’abandonner tout entier dans les bras de son Bien Aimé, de reposer finalement en Dieu son si lourd fardeau.

Excitation… de te revoir enfin! 

Sentiment de petitesse… quand, au chevet de ta souffrance, je suis là pour te dire que je t’aime jusqu’au bout de ta vie. Aller jusqu’au bout de mon amour pour toi ainsi.

Impatience colérique… face à l’obstacle imprévu, en plein cœur du trafic de nos vies trop rapides pour se laisser freiner par quoi que ce soit.

En cette période de l’année où la création est en attente de revêtir sa robe blanche de mariée, les portes de Noël s’entrouvrent au loin. L’incarnation de Dieu, plantée  dans les désirs les plus grands de l’être humain, rend  gloire à son désir de « plus être » inscrit au creux de son cœur. La manifestation de nos attentes vécues dans le quotidien n’est-elle pas le reflet de cette ultime attente de la plénitude en Dieu, à laquelle nous sommes appelés et dont déjà nous sommes porteurs?

Ainsi saint Jean, dans son magnifique Évangile qu’on lit le jour même de Noël, aura tôt fait de proclamer bien haut : « Oui, de sa plénitude nous avons tous reçu, et grâce pour grâce » (Jean 1,16).

 

Sylvie Thibault, heureuse maman de sept enfants,bachelière en théologie, technicienne en travail social

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