| Croire aujourd'hui |
|
|
|
Adulte... ou infantile, ma foi?
Par André Dumont, o.m.i. On peut jouer sur les mots. « Mature, j’ai un cœur d’enfant ». Parfait. Mais ta foi, elle, est-elle demeurée figée dans des conceptions enfantines? Tes croyances sont-elles adultes ou infantiles, finalement?Laisse-moi être moi!
Tous les parents, éducateurs et accompagnateurs humano-spirituels ont entendu ce message évident ― quoique souvent non-verbal ― d’un jeune en train de devenir… adulte : Laisse-moi être moi! Est-ce que je pourrais aussi penser par moi-même? C’est vrai en Église également. Encore plus enpost-chrétienté. Refuser de répondre à ces interrogations, n’est-ce pas refuser de grandir? Autrement, blocage! Mais aussi explosion. On en a vu les deux extrêmes, récemment, pas meilleur l’un que l’autre: apostasie qui rejette tout ou extrême-droite intégriste. Revenons à Jésus : « On vous a dit, mais moi je vous dis… Le Sabbat est fait pour l’être humain et non l’inverse! » Pourtant, que de responsables de communauté ont eu peur. Inutilement.S’il fallait qu’on pense par soi-même, quelle débandade folle à prévoir! Mais la vie de ceux qui veulent suivre l’évangile sérieusement les contredit : ce n’est pas moins exigeant, ce l’est autrement. Une foi qui cherche à faire sens
Dans ce contexte, le petit livre du théologien oblat André Guindon, mort prématurément,LE DÉVELOPPEMENT MORAL, ne devrait pas rester sur les tablettes. Quel éclairage merveilleux! Il y a là des intuitions et formulations exceptionnelles, d’une vigueur indépassée, qu’on aurait avantage à méditer, pour mieux saisir notre propos ici. Par exemple : « La personne découvre ses aspirations réelles, non celles qu’on lui a imposées. Ses goûts réels, non ceux qu’on lui a dit qu’elle devait avoir. Ses talents réels, non ceux qu’on voulait qu’elle acquière. Ses certitudes réelles, non celles qu’on l’exhortait à adopter. » Évoluer. Grandir. Non pas pour tout balancer, mais pour assumer et intégrer vraiment… « D’origine humaine ou supposée divine, tout précepte dont on peut démontrer le caractère déshumanisant n’est pas une loi authentique mais unecorruption de la loi! » Vrai pour la sexualité, avait-il osé affirmer, ce cher André Guindon, dont j’ai eu le bonheur de suivre les cours magistraux pour la licence en théologie. Certains ne comprenaient pas et l’ont même condamné rapidement. L’humain, même en Église, est tellement vite sur la gachette!... Mais d’outre-tombe, les vrais de vrais parlent encore. Comme dans cette émouvante envolée du même bouquin, couleur credo intime : « Une foi qui cherche à faire sens! La foi n’est plus vue comme une absence de connaissance, confession d’ignorance et obéissance aveugle à des médiateurs choisis par Dieu pour résoudre en son nom nos perplexités humaines! Au contraire… elle habilite les filles et fils de Dieu à faire une lecture chrétienne des événements de leur vie! » Qui dit mieux? Pensée personnelle ou style prêt-à-porter? Au démarrage de notre vie, nous dépendons totalement des autres et c’est correct. Puis vient, début adolescence, la « gang », petit ghetto sécuritaire, habituellement pour une pensée et des comportements prêts-à-porter. Mais vite l’ado se demandera : Qui suis-je? Je veux être différent de toi papa, maman, frérot, ou vous, camarades! L’éducation alors, Cégep ou Université, pourra lui faire saisir ce qu’il devinait de plus en plus : Il n’y a pas une façon unique de comprendre un poème, un événement historique! Ni même les données scientifiques… Ni même, pourra-t-il ajouter, les articles de foi! Alors peu à peu, si se trouvent sur son chemin de vrais éducateurs ― souhaitons-le, doublés de mentors et d’amis authentiques ―, un jeune adulte nouveau naîtra. Il ne sera plus (enfin!) le porte-parole des autres, mais osera nommer son propre point de vue. Avec la joie de prendre, en temps et lieu, les paroles de Jésus à son compte. Passant des formules toutes faites… à l’intériorité; des contraintes… à une morale du bonheur, qui n’exclut pas du tout la discipline et l’effort, soit dit en passant. Loin des pseudos absolus sécurisants, il pourra entrer alors ― avec un certain frisson plutôt normal ― au Royaume divin de la conscience… La conscience! L’unique norme sans cesse à éclairer, d’accord, mais qui, seule, heureusement, nous jugera. LA FOI N’EST PLUS VUE COMME UNE OBÉISSANCE AVEUGLE André Guindon, Le développement moral (Desclée-Novalis 1989).
|




Ça
m’a longtemps intrigué. Que voulait donc dire au
juste saint Paul, concluant une de ses plus lumineuses
envolées sur la Charité, l’Amour comme
clef de tout au dessus de tout? Vous savez bien :
« Quand j’étais enfant, je
parlais en enfant, je pensais en enfant. Une fois devenu adulte,
j’ai fait disparaître ce qui était de
l’enfant. » Oui, que voulait-il
dire vraiment?