Pensées spirituelles

Ne manquez pas les nouveaux coups de coeur de François Gloutnay ainsi que les autres liens revisés...


Sommaire janvier-février 2010

Premier mot
À qui cela va-t-il servir ?
par Jérôme Martineau

En bref
Des informations diverses et des livres suggérés.

Entrevue
La recherche du bonheur

Une entrevue avec Martine Pelletier et Patrick Snyder les co-auteurs d’une recherche sur le bonheur. Oui, les hommes et  les femmes d’aujourd’hui veulent être heureux.
Propos recueillis par Jérôme Martineau

Reportage
Les paysages du coeur

Gilles Caron est prêtre des Missions Étrangères et il œuvré au Japon durant 47 ans. Cet artiste a décoré dans ce pays plusieurs églises. Portrait d’un artiste remarquable.
Un reportage de Jérôme Martineau

Reportage
La famille, un terreau pour transmettre la foi

Les changements survenus dans le monde de l’éducation font que les familles s’impliquent davantage dans la formation religieuse de leurs enfants.
Un reportage de Chantal Larochelle

Portrait
L'Abbé Marcel Héroux
Témoigner en actes et en présence

Malgré une hémiplégie droite, un prêtre résident dans un centre de soins de longue durée témoigne par son silence et sa prière.
Un reportage de Chantal Larochelle

Répondez-moi
L’excommunication

par Paul-Émile Landry

Marie
Marie femme du peuple

Prière
Je voudrais m’habiller de Dieu

Par Jean Debruyne

Vie de l'Église PDF Imprimer Envoyer

Une encyclique sur les questions sociales

Le pape Benoît XVI a publié le 6 juillet dernier une lettre encyclique portant sur les questions sociales. L’encyclique Caritas in Veritate (L’amour dans la vérité) se veut le credo social du pape.

Par Jérôme Martineau

Photo : © 2430/Gamma/Eyedea/Ponopresse

C’est devenu une tradition durant le règne d’un pape de proposer une encyclique qui traite des questions de justice sociale et d’économie. Cette tradition remonte au pape Léon XIII avec l’encyclique Rerum novarum publiée le 15 mai 1891. Ce pape dénonçait alors la concentration de la production dans les mains de quelques industriels. Il prenait le parti des travailleurs qui étaient exploités. L’encyclique du pape Benoît XVI est en lien avec le 40e anniversaire de l’encyclique Populorum progressio du pape Paul VI. Ce pape plaidait pour un développement solidaire de l’humanité. Le pape Jean-Paul II a écrit lui aussi une encyclique sur ce thème en 1987 pour célébrer le 20e anniversaire de Populorum progressio. Elle a pour titre Sollicitudo res socialis.  Dans ce texte, Jean-Paul II réclamait un  développement social et économique plus humain

Aujourd’hui, le pape Benoît XVI reprend ces grands thèmes et il les actualise en proposant une réflexion qui tient compte de l’évolution des réalités sociales et économiques depuis les dix dernières années. La publication de cette encyclique a été retardée au moins  à deux reprises afin que le texte tienne compte de la crise économique actuelle. Le pape a attendu la veille de l’ouverture du Sommet du G8 qui rassemble les dirigeants  des grandes puissances économiques pour publier son encyclique.

Amour et vérité

Après quatre années passées à la tête de l’Église, nous pouvons maintenant dire que le pape Benoît XVI ne cesse de développer sa pensée autour du lien qui unit l’amour et la vérité. Les deux premiers mots de cette nouvelle encyclique illustrent son thème favori :« L’amour dans la vérité ».  Dans ce document très dense – ce  n’est pas n’importe qui  peut se lancer dans la lecture de ce document – le  pape traite des grandes questions de l’heure : crise économique et environnement, mondialisation et solidarité, travail et communications, droits et devoirs des citoyens de la planète et de leurs gouvernants.

Le pape insiste dès l’introduction pour faire le lien entre la vérité et la charité. À la charité, pilier traditionnel de la doctrine sociale, il ajoute celui de la vérité, car écrit-il, « dépourvu de vérité l’amour (…) devient une coque vide. » Il résume sa pensée en cette phrase qu’il convient de méditer en ces temps où le relativisme gagne les esprits : « La vérité doit être recherchée, découverte et exprimée dans l’ « économie » de l’amour, mais l’amour à son tour doit être compris, vérifié et pratiqué à la lumière de la vérité. » Il ajoute à ce propos : «  La vérité est une lumière qui donne sens et valeur à l’amour. (…) Dépourvu de vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme. (…) La vérité libère l’amour des étroitesses de l’émotivité qui le prive de contenus relationnels et sociaux. » En mettant l’accent sur le lien entre la vérité et l’amour, le pape rappelle que la raison nous indique la route que l’amour doit suivre. Une saine charité, dans les relations sociales, doit être au service de la promotion de la dignité de la personne humaine sinon elle risque d’encourager les inégalités sociales voire même de les ignorer. Le christianisme, dans la pensée du pape,  a pour but « d’annoncer la vérité de l’amour du Christ dans la société. »

En insistant sur la place de la vérité, le pape montre indirectement le chemin qui mène à une meilleure compréhension du monde et de ses limites.  Il faut pouvoir connaître les richesses et les limites du système économique actuel. L’amour se porte vers l’autre mais, si l’autre est victime d’injustices ou de l’exploitation, nous devons pouvoir rétablir la personne dans sa dignité. Dans cette optique, il faut s’engager  par amour dans le service de  la vérité. À la fin du premier chapitre le pape écrit : « La fidélité à l’homme exige la fidélité à la vérité. »

Un regard sur la crise actuelle

Le pape dans cette encyclique n’est pas anticapitaliste mais il critique les excès du capitalisme financier et il voit dans la crise actuelle une occasion de réorganiser l’économie mondiale. Il dénonce en particulier les effets d’une activité financière mal utilisée et, qui plus est, spéculative. Le pape évalue la gravité de la situation économique actuelle. « La crise nous oblige, écrit-il, à reconsidérer notre itinéraire, à nous donner de nouvelles règles(…). La crise devient ainsi une occasion de discernement et elle met en capacité d’élaborer de nouveaux projets. »

Pour le pape, le marché ne doit pas devenir « le lieu de la domination du fort sur le faible ». La logique du marché doit rechercher le bien commun. Comme tel, le marché n’est pas négatif par nature. Benoît XVI rappelle que « les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligés ni sous sous-évalués. » La présente crise met d’ailleurs en relief de grandes lacunes à ce niveau. Elles sont nombreuses les institutions financières à avoir mis de côté ces principes. Nous en payons le prix aujourd’hui.

Le pape jette aussi un regard sur la mondialisation qui selon son expression « n’est ni bonne ni mauvaise ». « Elle sera ce que les personnes en feront. Les processus de mondialisation convenablement conçus et gérés, offrent la possibilité d’une grande redistribution de la richesse au niveau planétaire comme cela ne s’était jamais présenté auparavant; s’ils sont mal gérés ils peuvent au contraire faire croître la pauvreté et les inégalités, et contaminer le monde entier par une crise. Il faut en corriger les dysfonctionnements, dont certains sont graves, qui introduisent de nouvelles divisions entre les peuples et au sein des peuples, et faire en sorte que la redistribution de la richesse n’entraîne pas une redistribution de la pauvreté ou même son accentuation. »

Dans cet ordre d’idée, le pape rappelle que la mondialisation « n’élimine pas le rôle des États, elle engage plutôt les gouvernements à une plus forte collaboration réciproque. La sagesse et la prudence nous suggèrent de ne pas proclamer trop hâtivement la fin de l’État. (…) L’articulation de l’autorité politique au niveau local, national et international est entre autres, une des voies maîtresses pour parvenir  à orienter la mondialisation économique. C’est aussi le moyen pour éviter qu’elle ne mine dans les faits les fondements de la démocratie. »

Un esprit de collaboration

Le chapitre 5 est consacré au thème de la collaboration de la famille humaine. L’importance des relations entre nous et Dieu est d’une grande importance car selon Benoît XVI « une des pauvretés les plus profondes que l’homme puisse expérimenter est la solitude. » À ce niveau, le pape signale un danger qui guette le monde moderne. Si la vie politique s’appauvrit, les droits humains risquent de ne pas être respectés. Sur ce, il écrit que « tout sur terre doit être ordonné à l’homme comme à son centre et à son sommet. »

Il plaide de même pour la coopération. « La coopération au développement ne doit pas prendre en considération la seule dimension économique; elle doit devenir une grande occasion de rencontre culturelle et humaine. »

Pour le pape, la crise actuelle exige de toute urgence la réforme del’Organisation des Nations Unies comme celle de l’architecture économique et financière internationale en vue de donner une réalité concrète au concept de famille des Nations. Le pape réclame à ce sujet « une véritable Autorité politique mondiale. Déjà  le pape Jean XXIII avait évoqué cette idée. Benoît XVI en explique le sens : « Une telle Autorité devra être réglée par le droit, (…) être ordonnée à la réalisation du bien commun, s’engager à la promotion d’un authentique développement humain intégral qui s’inspire des valeurs de l’amour et de la vérité. » 

  Le pape termine son encyclique en avertissant l’humanité du danger de faire reposer l’avenir de l’humanité seulement dans les progrès de la technique. « L’absolutisme de la technique tend à provoquer une incapacité à percevoir ce qui ne s’explique pas par la simple matière. » Il ajoute : « Le développement doit comprendre une croissance spirituelle, et pas seulement matérielle, parce que la personne humaine est une unité d’âme et de corps. »

En conclusion, s’adressant aux chrétiens, le pape rappelle « que l’ouverture à Dieu entraîne l’ouverture aux frères et à une vie comprise comme une mission solidaire et joyeuse. » Il ajoute : « Le développement a besoin de chrétiens qui aient les mains tendues vers Dieu dans un geste de prière, conscients du fait que l’amour riche de vérité, d’où procède l’authentique développement, n’est pas produit par nous, mais nous est donné. » 

 


« La créature humaine, qui est de nature spirituelle, se réalise dans les relations interpersonnelles. Plus elle les vit de manière authentique, plus son identité personnelles mûrit également. Ce n’est pas en s’isolant que l’homme se valorise lui-même, mais en se mettant en relation avec les autres et avec dieu. L’importance de ces relations devient alors fondamentale. »

« Les projets en vue d’un développement humain intégral ne peuvent donc ignorer les générations à venir, mais ils doivent se fonder sur la solidarité et la justice intergénérationnelles, en tenant compte de multiples aspects : écologique, juridique, économique, politique, culturel. »

« Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique. Aujourd’hui, c’est cette confiance qui fait défaut, et la perte de confiance est une perte grave. »