Le Centre Emmaüs : un engagement auprès des jeunes
Le Centre Emmaüs à Victoriaville appelle les jeunes à avancer sur le chemin de la vie et de la liberté. Ce centre d’animation fondé par les Frères du Sacré-Cœur accompagne les jeunes afin qu’ils s’engagent avec d’autres au cœur du monde.
Par Jérôme Martineau
Le frère Martin Yelle, frère du Sacré-Cœur, est directeur du Centre Emmaüs à Victoriaville. Il continue l’œuvre d’éducation des frères en ouvrant de nouvelles voies de présence aux jeunes et aux familles.
L’Institut
des Frères du Sacré-Cœur a vu le jour dans
la ville de Lyon en France en 1821. Le Père André
Coindre en est le fondateur. Ce prêtre s’est
laissé émouvoir par l’état
d’abandon où se trouvaient alors les jeunes
qu’il connaissait. Il a voulu, en fondant un
nouvel institut de frères, que ces derniers se fassent proches
des jeunes délaissés en leur enseignant un
métier et en les aidant à trouver un sens à
leur vie avec Jésus pour guide.
Les
frères du Sacré-Cœur sont arrivés
au Québec dans la petite ville d’Arthabaska,
aujourd’hui Victoriaville, en 1872. Ils y ont
ouvert une école commerciale. Ils ont par la suite
fondé des collèges dans plusieurs localités
du Québec. Aujourd’hui, la plupart de ces
institutions sont fermées mais les frères gardent
comme mission la présence auprès des
jeunes. C’est ainsi qu’au moment de la fermeture
du collège de Victoriaville, une équipe de
frères a décidé de créer un centre
d’animation pour les jeunes de 11 à 35
ans.
Le frère Martin Yelle est un
artisan de la première heure du Centre Emmaüs.
Entré chez les frères du
Sacré-Cœur en 1990, Martin Yelle travaille avec les
jeunes depuis ce temps. Il explique le sens de l’engagement
des frères auprès des jeunes dans le Centre
Emmaüs. « Nous voulions offrir un service
aux jeunes adultes. Nous n’avions plus notre
collège mais il fallait rejoindre les jeunes sur la route, sur
leur terrain de vie. La communauté a
procédé à un discernement et le
projet a été lancé avec cinq
frères. Il est bien évident que nous avons
dû ouvrir des portes et être créatifs. Nous
avons expérimenté plusieurs activités dont
la création d’une chorale gospel. Nous avons
créé des contacts avec les groupes communautaires,
tels la Table de concertation jeunesse et le Festival jeunesse de
Victoriaville. Les frères s’engagent aussi dans des
groupes d’éveil de la foi comme
l’Étincelle et la
Flambée. »
Un accompagnement sur la route
Martin
Yelle explique que l’évangélisation est
l’objectif premier du centre. Le Centre Emmaüs est
un lieu de formation chrétienne pour les jeunes adultes.
« Nous voulons être proches des jeunes afin
de les aider à réfléchir sur leur rapport au
monde et à Dieu. Nous favorisons une
évangélisation de proximité.
C’est ainsi que nous proposons aux jeunes des
activités qui sont à leur niveau. Nous favorisons
avant tout un ministère de présence. Il est certain
aujourd’hui que dans plusieurs milieux nous ne pouvons pas
annoncer Jésus Christ dès la première
conversation. Il faut ouvrir des portes latérales par des
projets qui créent des liens avec les jeunes. Nous leur
proposons une démarche qui les amène sur la route de
la liberté. Nous partons du principe que
Jésus a été durant sa vie plus souvent sur
la route que dans les synagogues. Nous, au Québec, nous nous
sommes trop réfugiés dans les paroisses. Je constate
que l’Église auparavant était
présente un peu partout dans la société.
Elle ne l’est plus. Il faut maintenant favoriser la
naissance de nouveaux lieux de rencontres avec les
jeunes. »
Une question est
présente chez les animateurs du centre
Emmaüs : comment rejoindre les passions des
jeunes? « Une réponse à
cette question a été proposée en
s’associant avec des jeunes afin qu’ils portent
cette mission avec nous. C’est par des rencontres avec des
jeunes que des projets se mettent en place. » Martin
Yelle en donne un exemple en signalant que le centre crée des
contacts avec de jeunes artistes. Un réseau de jeunes artistes
du nom de TissArt a été lancé. Ce
réseau favorise l’entraide et le soutien. Les
artistes peuvent aussi échanger des compétences. Le
réseau rejoint une quarantaine d’entre eux. Un
festival de jeunes artistes de la relève est en
préparation.
Ces projets suscitent
dans le milieu une certaine crédibilité. Le Centre
Emmaüs devient ainsi aux yeux de plusieurs personnes un
organisme qui ne fait pas que des activités
« cathos ». Ces projets suscitent
aussi un engagement de la communauté. « Les
gens sont avec nous », dit avec fierté
Martin Yelle.
Une présence à la famille
L’équipe
du Centre Emmaüs a pris conscience que ses activités
pouvaient rejoindre les couples et les familles. C’est ainsi
que des jeunes couples peuvent partager leurs préoccupations
ainsi que les questions spirituelles qui les habitent. LesDéjeuners couples croissants sont des
rencontres sous forme d’un brunch permettant à des
couples d’échanger sur leur vie et de se soutenir
dans le défi d’élever leurs enfants dans
le monde d’aujourd’hui.
Le bulletin de liaison Sur la route, couples et
familles a été créé. Ce
bulletin mensuel offre aux couples et aux familles des
éléments de réflexion et des
activités à réaliser en famille selon la
saison et les moments de l’année. Ce bulletin offre
la chance aux jeunes familles de s’offrir un
moment de croissance et de célébration de la
vie.
Un autre projet est offert aux familles
qui désirent inscrire leur enfant dans une activité
d’éveil à la spiritualité
chrétienne. Il s’agit de La
P’tite pasto. Ce programme met à la
disposition des parents et de leurs enfants de 0 à 5 ans une
rencontre par semaine. L’équipe
d’animation leur propose des activités
d’éveil à la foi adaptées aux
enfants de cet âge. Le centre Emmaüs a
engagé une personne chargé de projet afin de
répondre aux besoins des jeunes familles.
Dans le prolongement de ces activités, le Centre
Emmaüs a constaté de grands besoins liés
à la situation des immigrés colombiens qui demeurent
à Victoriaville. Martin Yelle explique pourquoi le centre
s’implique avec eux dans un projet
d’alphabétisation. « Nous avons
été sensibilisés à la vie
concrète des Colombiens qui sont parmi nous. Nous nous sommes
demandé comment nous pourrions leur venir en aide et leur
apporter des services. Nous avons constaté que les adolescents
vivaient des difficultés d’intégration.
Ils ne connaissaient pas bien la langue. Le décrochage
scolaire devenait chez eux une réalité alarmante.
Nous avons donc lancé un projet d’aide aux devoirs
pour les adolescents. Nous avons convoqué une
conférence de presse pour annoncer notre initiative.
C’est ainsi que quinze personnes bénévoles
sont venues travailler avec nous. Un programme d’Emploi
Québec nous soutient et nous offrons un projet pilote
d’atelier de francisation et de socialisation pour les
immigrants.»
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Le Centre Emmaüs déploie sa mission dans les domaines de la croissance personnelle, de l’expérience et l’engagement communautaire, dans les arts et la culture ainsi que dans le domaine de la croissance spirituelle.
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Une pastorale d’accompagnement
Le
frère Martin Yelle compte maintenant plusieurs années
d’engagement auprès de la jeunesse. Il croit que
l’approche pastorale des jeunes passe par ce que
Jésus enseigne au chapitre 25 de
l’Évangile de Matthieu :
« J’avais faim et vous m’avez
donné à manger, j’avais soif et vous
m’avez donné à boire,
j’étais étranger et vous m’avez
accueilli… » Il continue à
expliquer l’approche du Centre Emmaüs.
« Pour nous,
l’évangélisation passe par la
réponse à des besoins concrets. Cela nous permet
d’offrir des ressources originales qui répondent
aux besoins des jeunes. Nous sommes ici le seul organisme sans but
lucratif qui s’occupe de
l’évangélisation des jeunes. Nous avons
créé une synergie entre les paroisses, la zone
pastorale et d’autres groupes du milieu. Nous avons
signé avec les paroisses de Victoriaville une entente de
partenariat pour porter ensemble le projet de pastorale
jeunesse. »
Le travail
pastoral auprès des jeunes est un projet à long
terme. « Je ne crois pas au court terme dans ce
domaine. Les jeunes n’ont plus aucunes
références religieuses et spirituelles. Nous partons
de zéro. Les jeunes identifient encore
l’Église à la paroisse. Il faut
dépoussiérer tout cela. D’un autre
côté, chez les jeunes couples, la naissance
d’un enfant fait surgir des interrogations liées
à la religion et à la spiritualité.
C’est là que nous pouvons assurer un suivi qui
tienne compte de leurs questions et de leur
cheminement. »
« Nous voulons donner l’image
d’une Église qui est partenaire des gens
qu’elle rencontre. Nous sommes présents avec les
gens. Nous mettons quelque chose de notre vie en commun avec eux. Nous
avons des projets de camp avec les jeunes de la rue. Nous voulons les
stimuler afin qu’ils reprennent goût à la
vie. Ces jeunes ont des talents. J’espère que le
Centre Emmaüs sera toujours à
l’écoute du milieu. Nous ne voulons pas devenir un
organisme qui a seulement une vocation sociale. Nous avons comme
objectif de favoriser une évangélisation de
proximité et être des disciples de Jésus
dans les milieux de vie qui nous entourent car le Christ apporte
toujours du neuf dans nos vies. »
Site Internet : cebf.org
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