Lire la Bible... comme féministe

 

REGARDS BIBLIQUES par Sébastien Doane, biblisteCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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Ces temps-ci, le féminisme n’a pas toujours bonne presse. L’an dernier, Lise Thériault, alors ministre de la Condition féminine, refusait de se dire féministe. J’avoue que je partageais aussi certaines réserves. Cependant, en participant à quelques congrès féministes dans les dernières années, j’ai eu l’occasion de réfléchir avec des femmes passionnées par la Bible et par la justice. S’il existe différentes sortes de féminisme, j’ai fait l’expérience d’un féminisme inclusif qui m’a donné le goût de travailler à l’égalité entre hommes et femmes tout en luttant contre toutes les formes d’oppression. À l’occasion de la Journée internationale des femmes (8 mars), regardons l’apport du féminisme à la lecture de la Bible.

BIBLE ET CULTURE PATRIARCALE

La condition des femmes a beaucoup évolué avec le temps. Les récits bibliques sont écrits au sein d’une société très différente de la nôtre. Dans cette culture patriarcale, les femmes sont considérées comme la propriété de leur père ou de leur mari. Ceux-ci avaient même le droit de les vendre comme esclaves (Exode 21,7) ou de les condamner à mourir (Genèse 38, 24). Les 10 commandements décrivent les possessions de son prochain qu’il ne faut pas convoiter. Les femmes font partie de cette liste, après la maison et avant le bœuf et l’âne (Exode 20,17)!

Principalement, les femmes étaient engagées dans la sphère privée, à l’intérieur de la famille. Elles devaient nourrir, vêtir la maisonnée et éduquer les enfants. Cela dit, plusieurs femmes ont un rôle important dans l’histoire d’Israël. Débora est une des «juges» d’Israël, c’est-à-dire chef du peuple avant la période des rois. D’autres, comme Judith et Esther, sont célébrées comme des héroïnes pour leurs braves actions en faveur du peuple. Il y a même eu une femme nommée Athalie qui régna pendant six ans sur le peuple (2 Rois 11). Enfin, bien que les femmes ne puissent offrir des sacrifices et participer au culte religieux, plusieurs femmes comme Miryam (Exode 15,20) sont des prophétesses.

QUE FAIRE AVEC LES TEXTES BIBLIQUES?

En ouvrant la Bible, on tombe inévitablement un jour ou l’autre sur un passage sexiste comme celui du livre du Siracide (voir encadré). Que faire avec des textes issus d’une culture patriarcale et machiste? Voici les options qui se présentent à nous.

  • S’en tenir à une interprétation littérale/fondamentaliste. Le danger de cette option est d’accepter l’idéologie portée par le texte et d’importer une vision dépassée du monde. Cette stratégie est encore utilisée pour justifier des discriminations.
  • Arrêter de lire et de transmettre les textes problématiques. Certaines féministes prônent un «canon dans le canon», c’est-à-dire qu’elles choisissent de ne pas lire les textes qui posent problème. La liturgie catholique fait d’ailleurs ce choix. Les textes les plus violents et sexistes ne sont tout simplement pas lus à l’Église.
  • Recontextualiser ces textes. D’abord, il faut comprendre le contexte social patriarcal de ces textes. On peut ensuite les réinterpréter avec une compréhension du monde égalitaire. Cette stratégie permet de concilier la différence entre la vision du rapport hommes/ femmes portée par le texte et la nôtre.

Encadre regards bibliquesL'APPORT DU FÉMINISME DANS L'INTERPRÉTATION DE LA BIBLE

L’interprétation des textes bibliques par des hommes et pour des hommes a été la norme pendant longtemps. L’avènement du féminisme a changé le monde des études bibliques en montrant qu’une interprétation objective est impossible. Chacun interprète la Bible à partir de son identité. Un vieux professeur me disait: «On ne peut lire la Bible qu’à partir de ses propres lunettes.» Le fait d’être homme ou femme nous amène à vivre diverses expériences qui orientent notre regard sur la vie et sur les textes bibliques.

Plus largement, cette prise en compte de l’identité sexuelle des interprètes bibliques a permis de voir que d’autres facteurs identitaires sont tout aussi importants lorsqu’on interprète un texte. Notre éducation, notre rapport à l’argent, nos convictions politiques ou religieuses, nos expériences personnelles, etc. entrent en jeu lorsque nous interprétons la Bible.

Lue à partir d’une perspective féministe, la Bible peut devenir un outil de libération alors qu’elle a déjà été utilisée comme outil de discrimination. Ainsi, une théologie féministe est une théologie de la libération. Lire la Bible à la lumière du féminisme m’incite à m’engager à construire un monde meilleur qui ressemble au Royaume proposé par Jésus.

Et vous, qu’en pensez-vous? Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.