RÉFLEXION THÉOLOGIQUE par Normand Provencher, o.m.i.

 L'inouï de l'Incarnation

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Durant des siècles, le peuple juif a attendu de Dieu la venue d’un sauveur puissant qui le libérerait de la domination romaine. Son espérance tenace a été exaucée, mais pas de la façon à laquelle il s’attendait. L’Évangile selon saint Luc (2,1-18) nous apprend que Dieu vient dans un nouveau-né à la merci des soins de modestes parents, Joseph et Marie, qui sont en déplacement pour se conformer à la loi ordonnant la tenue d’un recensement. Comme berceau, une mangeoire dans une étable. C’est aussi simple que ça! Et pourtant, il s’agit de l’événement le plus inouï de l’histoire humaine: Dieu se fait si proche des humains qu’il devient l’un des leurs. Voilà le premier Noël!

Petit et fragile

Nous imaginons Dieu comme un être tout-puissant, loin de nous, exigeant et qui attend de nous des prières et des sacrifices. À quoi peut-il donc ressembler? Or le voici dans ce nouveau-né de Marie que nous aimerions serrer dans nos bras, réchauffer, cajoler. Existe-t-il une réalité plus fragile et plus dépendante des autres qu’un nouveau-né qui a besoin pour vivre de soins attentifs, de nourriture et d’affection? Dieu veut avoir besoin des humains et il se fait petit pour que nous soyons bien à l’aise avec lui. Personne ne peut s’attendre à y rencontrer Dieu. Seul le regard de la foi nous rend capables d’entrevoir l’invisible et ainsi nous sommes certains qu’il s’agit du Seigneur Dieu, l’Éternel, venu vivre dans notre histoire grâce à Marie, une jeune juive de Galilée. Lui, le Créateur de l’univers et le Tout-Puissant, est dans les bras d’une maman qui le nourrit. Lui, qui habite depuis toujours dans la splendeur du ciel, vient établir sa demeure dans notre monde de misère et de souffrance pour le sauver et le recréer. Et Dieu ne changera pas d’idée. Ni le mal, ni le refus des humains ne peuvent lui faire regretter son geste. Oui, en Jésus, Dieu est chez lui pour toujours dans notre monde. Il devient l’un de nous, tout en étant le Fils éternel et unique de Dieu. Pourquoi cette venue de Dieu? Il n’y a qu’une seule réponse à cette question: c’est l’amour.  « Dieu a tant aimé le monde, dit Jésus, qu’il a donné son Fils unique » (Jean 3,16).

reflexions01Plus qu'un nouveau né

La venue de Dieu en Jésus, le fils de Marie de Nazareth, nous l’appelons le mystère de l’Incarnation. Ce mot peut sembler bien savant et abstrait. Pour le rendre concret, il est nécessaire de contempler le nouveau-né de la crèche de Bethléem et aussi l’adolescent qui apprend à devenir un adulte, vivant dans l’anonymat du petit village de Nazareth une trentaine d’années avec Marie et Joseph le menuisier. Un jour, il commence la vie d’un prédicateur itinérant qui va de village en village, annoncer avec conviction sans pareille l’arrivée du royaume de Dieu. Il guérit des malades et des personnes handicapées; il mange chez des amis, Marthe et Marie, et parfois avec des pécheurs et des collecteurs d’impôts, Lévi et Zachée. Plusieurs se mettent à sa suite, mais d’autres, notamment des docteurs de la Loi et des prêtres, contestent son enseignement et ses comportements. Ce Jésus les dérange et remet en question leurs croyances et leurs pratiques religieuses. C’est pourquoi ils le font condamner. Jésus est crucifié, comme un malfaiteur, et meurt en pardonnant à ses bourreaux. À ce moment, l’amour et le pardon l’emportent sur la haine et la malice humaine. Or, personne ne s’y attendait: après avoir été mis au tombeau, il se montre bien vivant à quelques femmes et ensuite à ses disciples. Il est vivant plus que jamais, mais d’une vie tellement nouvelle que nous n’arrivons pas à l’imaginer, tout à fait libérée des contraintes de l’espace et du temps. Pourtant, c’est bien celui que les disciples ont connu et aimé, mais devenu tout autre. Cette vie nouvelle, il la communique à tous ceux et celles qui mettent leur confiance en lui. Voilà l’aboutissement du mystère de Noël! 

Trop souvent, bien des chrétiens et chrétiennes n’ont comme seule représentation de Jésus que le nouveau-né de la crèche. Un Dieu pour les enfants! Et la fête de Noël devient la fête des enfants, des réunions de familles, des échanges de cadeaux et de vœux, la fête de la lumière durant le long et sombre hiver. Tout cela est beau, mais le moment ne serait-il pas venu de « sauver » Noël en retrouvant le Jésus de la foi chrétienne, celui des Évangiles?

Une mission nous est confiée

Dans le mystère de l’Incarnation, Dieu apporte à l’humanité entière le salut, c’est-à-dire la réconciliation, la confiance dans l’avenir, la paix et la joie. Les dons de Dieu impliquent une responsabilité et une mission. Ils ne nous sont réellement accordés que si nous acceptons de les partager. En conséquence, dans nos familles et nos milieux, nous sommes appelés à devenir les artisans de la paix, de la compréhension mutuelle, de la justice et de la paix. Il revient à chacun et à chacune de nous de faire en sorte que le Fils de Dieu prenne chair aujourd’hui et ici pour qu’il puisse vivre avec tous les humains. Plus qu’une visite en passant, il tient à demeurer parmi nous : « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jean 1,14). Une demeure, c’est là où on est chez soi, là où il fait bon vivre. En Jésus, Dieu devient bien à l’aise et chez lui dans notre monde. 

Une autre année nous est donnée: 2018. Une année de plus pour que nous apprenions à toujours mieux aimer Dieu et les autres. C’est ainsi que Dieu, celui que Jésus nous a fait aimer, vient dans notre monde pour y demeurer et nous faire vivre à plein.