Allons-nous vers une Église sans prêtres?

IL N'EST PAS ENCORE TROP TARD par Normand Provencher, o.m.i.

Normand Provencher

Selon les statistiques publiées en 2017 par le Vatican, on compte 415 656 prêtres dans le monde. On constate même une progression en Afrique et en Asie. Mais en Europe et dans l’Église d’ici, ils sont moins nombreux et prennent de l’âge. L’Église n’arrive plus à recruter les prêtres nécessaires pour exercer sa mission et les séminaristes se font rares et même absents dans plusieurs diocèses depuis quelques décennies. C’est ainsi que l’idée de la «fin des prêtres» est en train de s’ancrer chez bien des fidèles et dans l’opinion publique.

On ne prépare pas sérieusement l’avenir de l’Église
avec l’image du prêtre et de la vocation
qui nous vient d’un contexte
culturel et ecclésial d’une époque révolue.

DES SOLUTIONS QUI POSENT QUESTION 

Pour répondre à la pénurie des prêtres, on regroupe et fusionne les paroisses et on promeut les ministères exercés par des laïques, surtout des femmes. On fait venir des prêtres de l’extérieur, jeunes et généreux, qui dépannent pour le moment. Leur présence contribue certes à manifester la communion entre les Églises de divers pays. Il s’agit toutefois d’une solution provisoire qui ne répond pas à la question qu’on ne saurait éviter: «Pourquoi nos communautés d’ici n’ont plus comme prêtre l’un des leurs?» Les explications ne manquent pas: forte baisse de la natalité, communautés chrétiennes où les jeunes sont absents, rôle peu valorisé du prêtre dans la société, image pour le moins douteuse du prêtre véhiculée par les mass media rapportant les cas d’agressions sexuelles, familles brisées, mentalité sécularisée... Ces raisons sont certes éclairantes, mais il nous faut aller plus loin.

VERS UN NOUVEAU «TYPE» DE PRÊTRE

Nous ne pouvons pas concevoir l’Église sans les prêtres qui collaborent avec l’évêque pour annoncer l’Évangile, présider les sacrements et animer les communautés. Leur ministère permet ainsi à l’Église d’assurer son identité et de remplir sa mission. De par leur ordination, ils reçoivent le don d’agir au nom du Christ ressuscité et de manifester son action et sa présence. Ils ne le remplacent pas, mais ils le signifient et agissent en son nom.

On ne prépare pas sérieusement l’avenir de l’Église avec l’image du prêtre et de la vocation qui nous vient d’un contexte culturel et ecclésial d’une époque révolue. Dans la paroisse, il était le seul ministre de tous les sacrements, le seul à faire l’homélie et à prendre les décisions majeures. 

Sans remettre en question son rôle, le temps ne serait-il pas venu de renouveler la théologie du ministère du prêtre et ses conditions d’accès? Déjà en 1994, le cardinal Kasper, alors évêque de Rottenburg, en Allemagne, posa cette question: «Ne faut-il pas ordonner ceux qui dirigent de facto la communauté et qui en ont la compétence?» La pénurie de prêtres nous presse donc de repenser, de façon inédite et adaptée à la société d’aujourd’hui, les questions du rôle et de l’appel aux ministères.

Le ministère du prêtre est déjà en train de prendre une figure nouvelle dans les communautés où des laïques, hommes et femmes, sont des partenaires responsables dans la mission de l’Église. Ainsi ces communautés deviendront des milieux, ou mieux, des «séminaires» qui favoriseront l’appel du Christ à consacrer sa vie au service de l’Évangile. Nous n’allons pas vers une Église sans prêtres; il y en aura toujours, mais avec un autre visage.