À BÂTONS ROMPUS  par Paul Arsenault, o.m.i.

 

L'Église de nos rêves

L’enthousiasme qui se dégageait de la vie des premières communautés chrétiennes provenait de cette capacité à proposer un style de vie différent, à refuser le compromis avec un monde idolâtre et païen, à vivre la solidarité avec les pauvres et l'entraide fraternelle. À les regarder vivre, on disait : Voyez comme ils s’aiment. 

E n lisant le livre des Actes des Apôtres, nous constatons que l’enthousiasme était une note distinctive des premiers chrétiens. Nous savons à quelles sources ils puisaient leur enthousiasme : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. » Cet enthousiasme constituait un élément déclencheur pour la relève, provoquait une interrogation pour le monde dans lequel ils vivaient. Les communautés chrétiennes primitives offraient une façon de vivre la fraternité dans une société où se vivaient des changements profonds. L’enthousiasme a sûrement été comme une séduction au point de se demander Qui sont-ils vraiment? 

a batons rompus02REGARDER EN AVANT 

Au lieu de regarder en arrière et de trouver plus belle l'Église d'hier et plus féconde sa mission dans le monde d'autrefois, les disciples du 21e siècle en plus petit nombre préfèrent regarder en avant. Ils trouvent l'Église de Vatican II tellement plus belle, plus resplendissante de Jésus ressuscité parce que plus dépouillée des fausses richesses, parce que plus libre des fumées de la gloire, parce que plus éprise des autres que d'elle-même, parce que plus tendue vers l'avant que vers l'arrière. 

On ne saurait faire le compte des communautés chrétiennes qui ont fait faillite pour avoir vécu d'une image rêvée de l'Église. Certes, il est inévitable qu'un chrétien sérieux apporte avec lui, la première fois qu'il est introduit dans la vie de la communauté, un idéal très précis de ce qu'elle doit être et essaye de le réaliser. Mais c'est une grâce de Dieu que ce genre de rêves doive sans cesse être brisé. Pour que Dieu puisse nous faire connaître la communauté chrétienne authentique, il faut même que nous soyons déçus, déçus par les autres, déçus par nous-mêmes. Dans sa grâce Dieu ne nous permet pas de vivre, ne serait-ce que quelques semaines, dans l’Église de nos rêves, dans cette atmosphère d’expériences bienfaisantes et d’exaltation pieuse qui nous enivre. Car Dieu n’est pas un Dieu d’émotions sentimentales mais un Dieu de vérité. 

Dietrich Bonhoeffer, De la vie communautaire 

DE L’IDÉAL À LA RÉALITÉ 

Dans la vie de l'Église comme dans celle d’un couple, il y a l'idéal et il y a la réalité. Il y a la fraîcheur des premières amours et la fatigue accumulée au fil des ans. Nous aurions avantage à méditer longuement ce témoignage du théologien protestant Dietrich Bonhoeffer, mort dans un camp d'extermination nazi au cours de la dernière guerre mondiale.