La loi du silence
Le printemps a été difficile pour l’Église. Les scandales liés à des actes de pédophilie ont éclaboussé les Églises d’Irlande et d’Allemagne. Des cas de prêtres pédophiles ont été recensés dans d’autre pays comme l’Autriche. Déjà l’Église canadienne a été aux prises avec une telle situation dans les années 1990. Les nouvelles révélations rejoignent même la haute hiérarchie de l’Église à Rome. C’est ce qui attire le plus l’attention des médias qui y trouvent un sujet très vendable.
Je ne veux pas ici porter un jugement sur cette situation particulière. Je désire plutôt attirer l’attention sur le fait que l’Église a gardé le silence alors que ces scandales étaient rapportés aux autorités. Il a fallu que les victimes portent plainte devant les autorités judiciaires pour que le scandale éclate au grand jour. C’est alors que nous nous sommes aperçus qu’une omerta, une loi du silence, régnait dans l’Église. Les autorités diocésaines et religieuses déplaçaient les prêtres en question qui souvent recommençaient à sévir avec de nouvelles victimes. Cette situation n’est pas à l’honneur de l’Église même si des circonstances historiques semblent justifier les attitudes mises en place.
Le climat social qui prévalait il y a cinquante ans n’est pas le même qu’aujourd’hui. Combien de cas semblables ont aussi été cachés dans la société civile. De plus, une meilleure connaissance de la psychologie nous permet de mieux comprendre les manipulations dont sont capables les auteurs d’actes de pédophilie.
Plusieurs évêques et supérieurs de communauté ont entouré jadis ces situations d’un silence de plomb. En protégeant les prêtres pédophiles ils ont négligé le mal fait aux victimes. Il a fallu bien du temps et bien du courage pour que ces jeunes hommes prennent la parole pour dénoncer leurs agresseurs. Dans ces situations, c’est la vérité qui a été victime de manipulations. C’est cette attitude qui me fait souffrir. Comment des hommes d’Église ont-ils pu jouer avec la vérité? Il me semble que tout au long de sa vie, Jésus s’est fait proche des victimes. Il les a accueillies. Les pauvres et les petites gens ont trouvé auprès de lui une oreille attentive. Jésus a invité d’une manière spéciale les enfants à s’approcher de lui : «Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le Royaume de Dieu est à ceux qui sont comme eux» (Mc 10, 14).
Il est en effet scandaleux que l’Église n’ait pas compris que la protection des enfants était la première attitude à défendre. Leur statut de vulnérabilité face au pouvoir de certains prêtres en faisait des victimes idéales. La mise en garde de Jésus envers ceux qui entraîne les petits dans la chute est sévère. La vérité a cédé la place au silence. Espérons que ces heures difficiles nous serviront de leçon. Déjà plusieurs épiscopats et même le pape ont proclamé la règle de la tolérance zéro mais le mal est déjà fait.
La vérité a été une fois de plus victime du pouvoir des hommes. Saint Paul invitait les chrétiens de Corinthe à célébrer la fête de Pâques avec le «pain non fermenté de la droiture et de la vérité». C’est un pensez-y bien!
Jérôme Martineau
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