L’aide des chrétiens pour la Terre Sainte
Les
Franciscains de Terre Sainte, fils spirituels de François
d’Assise, sont un des grands propriétaires fonciers
de la ville de Jérusalem. Loin d’être une
trahison de leur vocation d’Ordre mendiant, cette
«œuvre des Maisons et loyers» est tout
entière consacrée à la
chrétienté locale. Cet effort, initié
dès le XVIe siècle,
connaît une nouvelle impulsion depuis 1966. Pourquoi et comment
cette œuvre est-elle née?
Par
Paul Sylvestre
Quartier
résidentiel de la ville de
Jérusalem. Il y avait en 2009, 14 000
chrétiens dans cette ville dont 2 600 religieux. On y
compte sur ce nombre 4 500 catholiques. Par contre la
population musulmane se chiffre à 230 000 habitants. La population totale de la ville de Jérusalem était en
2008 de 760 000 habitants.
Au
temps de l’Empire ottoman (turc), entre 1517 et 1917, on
excluait les chrétiens de tout travail
rémunérateur. En conséquence, il leur
était impossible de louer un appartement, encore moins de
posséder une demeure. À cette époque, les
Franciscains, conscients de l’importance du
problème, commencèrent à acheter des maisons,
à en louer, voire en construire pour pouvoir y loger des
chrétiens, spécialement à
Jérusalem.
La fourniture de maisons
pour les chrétiens est une œuvre sociale que les
Franciscains ont considérée être
d’une importance vitale pour la survivance du christianisme
en Terre Sainte. Depuis le 13e siècle,
où ils se sont installés en Terre Sainte et
où l’Église les a chargés de la
garde des Lieux Saints, ils ont compris que c’était
le meilleur moyen d’éviter
l’émigration massive des chrétiens et la
disparition de cette présence vivante de
l’Église. Sans les chrétiens, les
sanctuaires qui rappellent les Lieux Bibliques «où
Jésus a passé», seraient de simples
musées, puisque manqueraient les «pierres
vivantes» que sont les croyants.
Les
siècles ont passé et le problème est
récurrent. Aujourd’hui encore, pour un jeune couple
qui vient de fonder un foyer, il est quasi impossible
d’acquérir une propriété.
À Jérusalem, juifs et musulmans sont engagés
dans une course folle pour l’acquisition de terrains. Mais on
s’est aussi rendu compte qu’il fallait que les
maisons une fois achetées demeurent
propriétés de la custodie afin
d’éviter que les locataires ne cèdent leur
logis à des amis ou ne le vendent à des musulmans ou
à des juifs.
La Custodie loge
2000 chrétiens
Actuellement,
dans la Vieille Ville de Jérusalem, la Custodie
possède quelque 400 logements. Elle est propriétaire
de la plupart d’entre eux mais continue aussi d’en
louer une quarantaine. Quelque 2000 chrétiens en sont les
bénéficiaires. Ces maisons sont attribuées
gratuitement ou pour un loyer assez symbolique. On invite les locataires
à signer un contrat de location. Depuis 2007, tous ces
contrats ont été mis à jour. Ces logis ont
besoin d’être entretenus. Constamment, des
réparations s’imposent, à cause de la
négligence de certains locataires, de la surpopulation des
logements et des exigences hygiéniques.
En
outre le Saint-Siège, en 1984, a pressé la Custodie
de créer de plus en plus de conditions favorables aux
chrétiens, afin de freiner leur émigration vers les
pays occidentaux. Pour répondre à cette attente, ces
trente dernières années, la Custodie a
été le maître d’œuvre de
centaines de logements.
À Beit Hanina,
42 logements sont disponibles dont le loyer est fixé au tiers
du prix du marché. La custodie tient à ce que les
bénéficiaires participent aux frais
d’entretien selon leur possibilité. Ce projet a
coûté 3 254 017 dollars
américains. Le tiers a été payé par
la Province franciscaine de l’Immaculée-Conception
des États-Unis. À Saint-Jean
d’Acre : 16 appartements, à
Béthanie : 20 appartements et à Er-Ram, 18
appartements. À Bethphagé, une résidence de
72 appartements est disponible. Le coût de sa construction
– aux normes israéliennes qui notamment imposent la
réalisation, par appartement d’une chambre
entièrement blindée – s’est
élevé à 10 millions de dollars. Depuis ces
deux dernières années, des travaux de restauration
sont en cours dans de nombreuses habitations de la vieille ville de
Jérusalem
Le
cas Bethléem
Jusqu’en
1948, la ville de Bethléem était chrétienne.
Depuis la guerre de l’Indépendance, des gens sont
arrivés des camps de réfugiés et de la ville
d’Hébron. Aujourd’hui, les
chrétiens ne représentent plus que 12% de la
population. Les musulmans ont acquis beaucoup de terrains et
Israël avant la construction du Mur, avait
déjà confisqué 20% des domaines en faveur du
Grand Jérusalem. Le Quartier de
l’Enfant-Jésus compte 36 appartements où
habitent 180 Palestiniens chrétiens. Le pape Jean-Paul II a
tenu à défrayer le coût de l’un de
ces immeubles. Dans ce complexe d’habitations, on trouve un
espace pour les jeux, pour le garage et pour un centre social. Depuis,
trois autres immeubles ont été livrés aux
chrétiens de la ville.
Il
faut l’aide de
l’Église
Dans cette
course frénétique des musulmans et des juifs pour
posséder des maisons dans la partie arabe de
Jérusalem, les édifices sont devenus un
élément important du statut politique et religieux de
la Ville Sainte. Plusieurs perdent leur logement pour des raisons de
sécurité ou encore comme punition pour avoir construit
sans permis, lesquels ne sont délivrés
qu’au compte-gouttes. Le comité israélien
contre la construction de maisons estime que 24 145 maisons
palestiniennes ont été démolies depuis 1967
en Cisjordanie. Depuis 2007, en Cisjordanie, 5 026 maisons ont
été détruites et à
Jérusalem-Est, 165 maisons ont été
rasées en 2007 et 2008 sur les 1436 ordres de destructions
délivrés ces deux mêmes années. Cet
été, le maire israélien de Jérusalem
aurait accepté le projet de résolution de
démolition de 30% des 15 000 à
20 000 maisons construites sans permis dans la partie Est de la
ville. Les 70% restant auront un statut temporaire.
Le logement à Jérusalem traduit les tensions
politiques qui secouent le pays. Et alors que les juifs et les musulmans
sont largement aidés par leurs coreligionnaires du monde
entier, l’Église grâce à ses
bienfaiteurs pour la Terre Sainte, est la seule à pouvoir aider
les chrétiens car l’aide des États
européens, autrefois chrétiens, profite, en bout de
ligne, plus souvent aux musulmans et aux juifs qu’aux
chrétiens.
Ainsi, quand
vous entendez parler de la collecte pour les Lieux saints le Vendredi
saint, sachez qu’une part de vos dons servira à
l’œuvre des Maisons et loyers de la custodie. Sans
votre aide, rien de tout cela ne serait possible, sans le soutien de
votre prière.
(L’auteur de cet
article est le père Paul Sylvestre o.f.m. Il est
d’origine québécoise et il travaille
à Jérusalem. Il est extrait de la revue Terre
Sainte.)

Les canadiens contribuent largement à loger des chrétiens
Grâce à la
collecte du Vendredi saint et des offrandes pour la Terre Sainte, le
commissariat de Terre Sainte d’Ottawa peut verser
annuellement, depuis une dizaine d’années, plus de
deux millions de dollars à la Custodie de Terre Sainte. Le
premier projet qui reçoit de l’argent est celui des
Centres de formation pour les jeunes religieux. Les sanctuaires de Terre
Sainte bénéficient eux aussi de cet argent. Des
travaux de l’ordre de 200 000$ ont
été réalisés à
l’église Sainte-Catherine de Bethléem. Une
autre somme de 350 000$ a servi pour le Sanctuaire de
Saint-Jean-du-Désert.
Tracasseries administratives
Des rénovations
effectuées par la custodie sont tombées sous le coup
d’un ordre de destruction. La Custodie n’est pas
la seule à subir ce genre de tracasseries. Plusieurs
propriétés chrétiennes de la Vieille Ville
connaissent le même sort. La Custodie avait
procédé à la construction d’une
extension de 30 mètres carrés à un
bâtiment sans obtenir de la ville le permis et cela
après plusieurs demandes. Maintenant, c’est toute la
maison qui est menacée de destruction.
Dans le même temps, des colons israéliens ajoutent
deux étages à une maison du quartier chrétien
sans permis. Ils outrepassent les règles
d’urbanisme interdisant de construire plus haut que les
remparts de la ville de Jérusalem. Les travaux se poursuivent
sans souci. Un «deux poids deux mesures»
exaspérant pour tous les Palestiniens.
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