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Marie, femme du peuple
Aujourd’hui, nous parlerions des quartiers populaires imprégnés d’odeurs lourdes et nauséabondes. Des quartiers de la partie basse de la ville, où, si les taudis des pauvres tiennent encore debout, c’est parce qu’ils s’adossent les uns aux autres. Je pense à certaines périphéries de villes, où les moustiques grouillent sur les flaques de la rue et les mouches voltigent sur les excréments. Ou encore à certaines zones de centre historique, pavoisées de linges qui sèchent, où les mêmes bruits et les mêmes silences perdurent. C’est là que le Seigneur a découvert Marie. Dans l’entrelacement des ruelles parfumées par les soupes du midi et égayées par les cris des marchands de fruits. Au milieu des jeunes filles qui parlaient d’amour depuis les paliers couverts de géraniums. Dans les cours où les voisins prolongeaient dans un dernier bâillement les récits du soir, avant que l’huile de la lampe ne se consume, que ne résonne le tintement des verrous et que les portes ne se referment. Il l’a découverte là-bas. Non pas le long des avenues de la capitale, mais dans un village de bergers méconnu de l’Ancien Testament, et même exposé au sarcasme général par les habitants des bourgades voisines : De Nazareth, peut-il donc sortir quelque chose de bon? Il l’a découverte là-bas, au milieu des gens ordinaires et il l’a faite sienne. Avant d’en devenir mère, Marie était donc fille du peuple. Elle appartenait même à l’âme la plus intime de celui-ci : aux anavin, au rang des pauvres. Elle appartenait à cette partie d’Israël qui avait survécu aux tragédies nationales. C’est-à-dire à ce noyau résiduel qui gardait vivantes les espérances des prophètes, et dans lequel se concentraient les promesses des patriarches, et par lequel passait le fil rouge de la fidélité :« Je maintiendrai au milieu de toi un reste de gens humbles et pauvres. Ils chercheront refuge dans le nom du Seigneur » (So 3, 12). Sainte
Marie, femme du peuple, merci, parce que tu as vécu avec les
gens avant Femme du peuple, Marie se mêle aux pèlerins qui montent au Temple et se joint à leurs psalmodies. Et si pendant l’un de ces voyages, elle perd Jésus, âgé de douze ans, c’est parce qu’elle le croyait dans la caravane, elle ne peut imaginer son fils étranger au rythme des gens ordinaires. Dans l’Évangile de Marc, il a une icône d’une beauté incomparable, qui dessine la nature, la vocation et le destin populaire de Marie. Un jour, pendant que Jésus parlait à la foule qui l’écoutait, assise en cercle, elle arrive avec quelques parents. À celui qui l’avertit de sa présence, Jésus, en tournant son regard tout autour et en indiquant du doigt la foule, s’écrie : Voici ta mère… À première vue, cela pourrait paraître un manque d’égard. Bien au contraire, cette réponse de Jésus, qui identifie sa mère à la foule, est le monument le plus splendide érigé à Marie, femme du peuple. (Extrait du livre Marie, femme de nos jours, de Tonino Bello, Éditions Médiaspaul 1998, pages 95-96) |




Oui, c’est bien là que le Seigneur l’a choisie.