Pensées spirituelles

Voyez la nouvelle SECTION BLOG par M. Jérôme Martineau

Ne manquez pas les nouveaux coups de coeur de JUILLET 2010 de François Gloutnay ainsi que les autres liens revisés...



Sommaire juin 2010


Premier mot
La loi du silence
Par Jérôme Martineau

En bref
Des informations diverses et des livres suggérés.

Entrevue
Ces chrétiens que l’on persécute
Une entrevue avec René Guitton, auteur du livre Ces chrétiensqu’on assassine. Il raconte le sort que l’on réserve aux chrétiens dans plusieurs pays du monde.
Propos recueillis par Jérôme Martineau

Reportage
Quand l’Église vire au vert
Norman Lévesque nous parle de son projet d’une Église verte. Il croit que l’Église doit s’engager d’une manière authentique dans une démarche écologique.
Un reportage de Michel Dongois

Reportage
Cécile Allard
Une femme engagée en Église depuis 30 ans
Portrait d’une animatrice de pastorale paroissiale. Une femme qui croit que les choses peuvent changer.
Un reportage de Chantal Larochelle

Reportage
L’aide aux chrétiens de Terre Sainte
Un reportage sur la situation des chrétiens en recherche d’un logement en Terre Sainte
Un reportage de Paul Sylvestre

Mon âme a soif
La joie de croire
Une chronique de Paul Longpré

Le monde des jeunes
Valérie, 25 ans
Réflexions sur la foi et l’engagement de la part de Valérie, une jeune femme âgée de 25 ans.

Répondez-moi
La numérologie
Par Paul-Émile Landry 

Marie
Miroir du soleil de justice
Élizabeth de la Trinité



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L’abbé Marcel Héroux
Témoigner en actes et en présence

Par Chantal Larochelle

Malgré une hémiplégie droite, un prêtre résident dans un centre de soins de longue durée témoigne par son silence et sa prière.

L’abbé Marcel Héroux concélèbre chaque semaine en compagnie de l’abbé Denis Gervais, aumônier du centre de soins de longue durée. La présence discrète et silencieuse de l’abbé Héroux est appréciée par ceux et celles qui assistent à la messe.

 Photo : Chantal Larochelle

 

Après-midi d’automne gris et pluvieux. Je suis attendue à la Résidence La Providence de Trois-Rivières. Dans sa chambre blanche aux murs tapissés de souvenirs, l’abbé Marcel Héroux compte les minutes. De fait, je suis en retard sur l’heure de notre rendez-vous. Réjean Boivin, l’agent de pastorale de l’établissement, tenait à survoler avec moi la vie de cet octogénaire avant qu’on ne le rejoigne. L’homme souffre d’une aphasie d’expression des suites d’un AVC survenu en 2005. Ses mots sont parfois flous, ses phrases décharnées. J’aurai parfois besoin de Réjean pour mieux le comprendre. Il n’en demeure pas moins que dans les circonstances, cette rencontre bien que brève et ponctuée de silences, aura  été riche en paix, en joie profonde, en complicité et grande tendresse. Témoignage inspirant d’un homme empreint de Dieu. 

À peine entrés dans la chambre 4235 au 4e étage, Réjean Boivin et moi comprenons que nos dix minutes de retard viendront quelque peu bousculer l’horaire hospitalier de son occupant. Réjean offre aussitôt ses excuses, conscient surtout que notre rencontre exigera, pour l’abbé Héroux, des efforts titanesques. De mon côté, j’aurai souvent besoin d’ajuster mes questions en conséquence, tant dans leurs formulations que dans leurs contenus. Pas évident, je l’admets. Mais avec l’aide et la générosité de Réjean, c’est à deux que nous tenterons de percer le mystère de ce pasteur retraité dont la foi est plus forte que jamais. « Quand on vit une épreuve comme la vôtre », osé-je me lancer en tout début d’entrevue, « met-on en doute la présence de Jésus dans sa vie? »  − Non, au contraire, réussit à me dire l’ancien vicaire. « Ça devient d’autant plus important ». 

Force est d’admettre d’ailleurs que jamais dans l’épreuve l’abbé Héroux ne s’est senti abandonné par Dieu. Sa réponse est franche, l’émotion palpable. Pourtant, la croix pourrait paraître lourde puisque l’hémiplégie droite limite ses mouvements et dirige sa vie. Sa paralysie provoque un ralentissement moteur et psycho-moteur, ce qui fait, notamment, qu’il se déplace en chaise roulante, et que seule sa main gauche est fonctionnelle.

Bien que tout cela suppose que dans ses activités de la vie quotidienne l’abbé Héroux doive composer avec son potentiel résiduel, il n’en demeure pas moins pour autant que pour l’ecclésiastique de 89 ans, la vie est belle! Le fait de croire en Dieu la rendencore belle. Ne marche-t-on pas pour s’en aller « de l’autre côté? » précise-t-il avec conviction. De toute évidence, il ne craint pas la mort. Il l’espère, même! « On attend ça! », me répondra-t-il solidement, les yeux mouillés de larmes.

Jésus plus présent que jamais

S’il est juste de dire qu’on vieillit comme on a vécu, la sérénité de Marcel Héroux, celle qui assurément transcende sa souffrance, m’interpelle profondément. L’abbé prend pour moi ni plus ni moins le visage d’une hostie vivante pour la gloire de Dieu. Pareil à Jésus sur la croix qui adorait la volonté de son Père. Il semble cependant que les lunettes de foi avec lesquelles je regarde la vie de ce pasteur ne soient pas les siennes. Peut-être est-t-il trop humble... Si, de son point de vue, il est faux de dire que Jésus s’incarne en lui à travers la croix, l’abbé admet toutefois qu’il goûte sa proximité. Dans la souffrance, « Jésus tient plus à nous ». Puis après un bref moment de silence dans lequel il cherche les mots qui exprimeront clairement sa pensée, l’homme ajoute : « Jésus est plus près de ceux qui ont le plus besoin ».   

« Ce qui m’interpelle chez cet homme, c’est qu’aujourd’hui encore,
comme pasteur, il se demande ce qu’il peut faire pour la communauté. 
(…)
On s’est alors demandé comment nous, ici, on pouvait l’aider
.
On le fait donc concélébrer et pour lui c’est très important ».
 

Une vie donnée aux autres

Sans y avoir pensé, sans même avoir fait des liens avec sa propre vie, l’abbé Héroux vient de résumer, par cette dernière affirmation, tout son apostolat.  Depuis son ordination sacerdotale en 1946, et ce jusqu’à ce jour, Marcel Héroux a toujours cherché à se faire près des gens. On dit de lui qu’il fut un prêtre dévoué, serviable, attaché aux personnes qui lui étaient confiées comme pasteur. Il a ainsi toujours donné le meilleur de lui-même, notamment comme aumônier de la JEC (jeunesse étudiante catholique), des scouts et des louveteaux en passant par la cure, pendant près de vingt ans, de la paroisse de St-Justin dans la MRC de Maskinongé.  

On ne peut pas non plus passer sous silence ses années d’enseignement du latin au Séminaire St-Joseph, ni celles où il a été vicaire, dans le diocèse de Trois-Rivières. Bref, partout où il est passé, l’abbé Héroux a laissé sa trace. Tellement que trois jours avant son AVC, il a été décoré par l’évêque de Trois-Rivières, Monseigneur Martin Veillette, et reconnu par les prêtres du diocèse comme « magnifique collaborateur pour rendre service, malgré ses 80 ans et plus ». « C’est-tu vrai », lance Réjean, l’air un peu espiègle, « que vous avez aussi été aumônier des cordonniers et celliers du QuébecC’est quoi c’t’affaire-là?», Visiblement, cette obédience de l’année 1952 n’a pas été placée à l’oubliette! La réponse de l’abbé Marcel, accompagnée d’un rire franc et enjoué, nous confirme toute sa lucidité.

Son pain quotidien : prière et communion

Je commence à sentir l’abbé Héroux fatigué. Je tâcherai alors davantage de simplifier mes questions qui, en près d’un quart d’heure, lui ont fait vivre plusieurs émotions. Cependant, avant de le saluer et de reprendre la route, je pousse mon audace encore plus loin, sachant que la réponse risque de lui demander beaucoup d’efforts : où puisez-vous votre force? Deux mots, solidement affirmés et assumés : dans la communion et la prière. « Vous êtes un grand priant, l’abbé Héroux? » lui demande-je pour compléter sa pensée. « Moins qu’avant, me répond-il humblement. On n’a pas le temps, on y pense moins ». Mais son simple état de vie n’est-il pas devenu prière en soi? L’immense solitude qui meuble son quotidien serait-elle aussi tolérable si elle n’était pas habitée par quelqu’un de plus grand que lui? Sur le bureau de sa chambre, de même que sur le bord de la fenêtre, trônent respectivement deux grandes statues, l’une de la Vierge et la seconde du Sacré-Cœur. Et quand Réjean le questionne à propos de ses dévotions, les yeux de l’abbé se mettent à rouler dans l’eau.

À la prière quotidienne de Marcel Héroux se greffe donc aussi religieusement la communion. Une communion vécue, cependant, à travers des eucharisties bien particulières. Deux fois par semaine, l’abbé Héroux se joint à l’abbé Denis Gervais, à côté de qui il concélèbre, et à la fin desquelles il fait aussi la bénédiction d’envoi. 

Cette initiative, l’abbé Marcel la doit à Réjean. Interpellé par le témoignage du prêtre, dès son arrivée à La Providence en novembre 2008, l’agent de pastorale s’est vite demandé quel apport il pouvait fournir pour que la vie de ce résident soit mieux remplie. « Ce qui m’interpelle chez cet homme, c’est qu’aujourd’hui encore, comme pasteur, il se demande ce qu’il peut faire pour la communauté.  (…) On s’est alors demandé comment nous, ici, on pouvait l’aider. On le fait donc concélébrer et pour lui c’est très important ». 

Le témoignage de foi de Marcel Héroux n’impressionne pas d’abord par ses quelques paroles, mais surtout par ce qu’il est et ce qu’il fait. Et quoi qu’il en dise, quoi qu’il en pense, il est bien plus empreint de Dieu qu’il ne le croit.  Son corps le limite, certes, obligeant à donner un nouveau visage à son apostolat. Mais quand on entend de sa bouche des paroles aussi sages que celles-ci, on comprend - enfin je crois-, que la mission n’a pas de fin : « Que direz-vous à ceux et celles qui ont perdu l’espérance? » demanderai-je en fin d’entrevue. « L’au-delà »,répondra l’homme dans toute sa fragilité et sa vulnérabilité. « L’au-delà, autrement ça ne sert à rien. L’espérance de rencontrer Dieu et d’être heureux ».

Sereine et silencieuse, je reprendrai ensuite la route. Je sais que l’abbé Héroux se repose maintenant calmement.  Je suis surtout convaincue qu’il est plus grand qu’il ne le paraît. Par en-dedans.