La Parole de Dieu dans la vie de l'Église

 

St Gelais RaymondLe XIIe Synode ordinaire des évêques s’est déroulé à Rome du 5 au 26 octobre 2008 sous le thème La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église. Mgr Raymond St-Gelais, évêque du diocèse de Nicolet, a fait partie de la délégation des évêques canadiens qui a participé au synode. De retour du synode, Mgr St-Gelais a adressé à ses diocésains une lettre pastorale dans laquelle il invite ses frères et sœurs dans le Christ à accueillir la Parole de Dieu comme une parole vivante qui transforme la vie. Il partage avec nous sa réflexion à la suite du synode. 

NDC – Vous avez écrit dans votre lettre pastorale que vous revenez du synode riche d’une nouvelle expérience d’Église. En quoi consiste cette expérience ?

Mgr Raymond St-Gelais – Cette expérience a été très riche pour moi. J’y ai vécu une expérience de collégialité épiscopale. Nous étions 250 évêques en provenance de partout à travers le monde. Nous étions réunis autour du pape qui a assisté à la plupart de nos délibérations. J’ai remarqué qu’il écoutait chacune des interventions avec attention. Il prenait la peine de souligner au crayon dans le texte les éléments qu’il jugeait sans doute importants. Je crois que la tenue d’un synode est un événement important dans la vie de l’Église. Il permet au pape d’entendre l’avis des évêques. Il faut savoir que les synodes se tiennent dans le prolongement du mouvement qui a été amorcé au concile Vatican II. Le pape Paul VI a établi les synodes de manière à favoriser la participation des évêques à la vie de l’Église.

NDC – Est-ce qu’il  a des expériences racontées par des évêques qui vous ont impressionné?

R. St-Gelais – Plusieurs évêques ont meublé leurs interventions de témoignages qui laissaient voir que la Parole de Dieu n’est pas enchaînée à une culture. Elle est bien vivante partout où elle est annoncée. Elle s’incarne de différentes manières mais elle est partout porteuse de vie. J’ai été impressionné d’entendre le témoignage d’évêques qui ont vécu sous le régime communiste. J’ai entendu un évêque en provenance de la Lettonie raconter que les autorités communistes voulaient que l’on foule la Bible aux pieds. Ceux qui ne le faisaient pas allaient en Sibérie. L’évêque qui l’avait ordonné avait passé dix ans dans les camps sibériens. Aujourd’hui, la situation des catholiques en Irak et en Iran est difficile. Ils sont même persécutés. Un évêque d’Irak nous racontait que pour eux la Parole de Dieu est une source de réconfort. Il en va de même au Vietnam.

Un évêque mexicain nous a raconté que des autochtones en apprenant qu’il venait au synode lui ont demandé qu’il dise aux autres évêques que pour eux la Parole de Dieu  est l’élément qui leur permet de se tenir debout. J’ai découvert qu’en divers pays de la planète la Parole de Dieu est source de courage dans les moments difficiles.

D’un autre côté nous avons été touchés par le mystère de la Parole parce que nous nous sommes écoutés les uns les autres. Nous avons pu approcher le mystère de la Parole dans une attitude de foi et de respect tout au long du synode. L’écoute des présentations des autres évêques a été pour moi une expérience enrichissante et stimulante. Je ne voulais pas manquer cela. J’écrivais chaque soir dans un journal personnel. J’y résumais les interventions de la journée. J’avais à cœur d’écrire à mon retour une lettre pastorale que je destinais aux diocésains.

NDC – Le thème qui a été choisi : La parole de Dieu dans la vie et la mission de l’Église  était-il important pour l’époque que nous vivons?

R. St-Gelais – Je crois que ce thème nous a permis de resituer l’Église comme le fruit de la Parole de Dieu. L’Église est née de la Parole et elle retrouve son identité dans la Parole. C’est aussi cette Parole qui l’envoie en mission. Je pense que ce synode a aussi été l’occasion de faire le point sur les suites d’un des documents les plus importants du concile soit la constitution Dei Verbum consacrée à la Parole de Dieu. Le concile Vatican II a donné par ce document un élan à la place que doit occuper la Parole de Dieu dans la vie de l’Église. Le pape Pie XII avait amorcé le renouveau biblique mais il faut reconnaître que les catholiques ont été réticents face à la Bible que l’on a longtemps considérée comme le livre des protestants.

Dans le message final du synode, les Pères du synode ont proposé quatre images pour parler du cheminement de la parole. La Parole de Dieu est d’abord une voix. Elle est présente avant la création du monde. Elle a présidé à la création. Cette parole devient une alliance avec un peuple. Cette parole revêt plus tard un visage, celui de Jésus Christ. Le Christ est « le Verbe qui est avec Dieu et qui est Dieu ». Finalement, la Parole de Dieu a une maison dans laquelle elle est annoncée  et cette maison est l’Église. Cette Parole est devenue missionnaire.

Le synode a enseigné que la Parole n’est pas d’abord un livre. Le christianisme n’est pas une religion du livre bien que l’on retrouve la Parole de Dieu dans la Bible. Le christianisme est plutôt la religion de la Parole.  La Bible est le lieu où nous retrouvons cette Parole. Ce livre a été écrit il y a plus de 2000 ans mais Dieu entre encore aujourd’hui en dialogue avec l’humanité. Son Esprit est à l’œuvre. Cette Parole est toujours actuelle. Cette dimension est importante. La Parole vient de Dieu et nous sommes invités à nous mettre à son écoute. De plus, elle appelle une réponse. Nous ne pouvons pas être seulement des commentateurs de la Parole. La Parole de Dieu nous interpelle et elle nous permet de créer un lien durable avec lui.

« Les Pères du synode ont fréquemment abordé le thème de l’homélie. Et tout en reconnaissant les énormes progrès réalisés depuis Vatican II, certains ont déploré un certain engourdissement de la parole : beaucoup d’homélies ne tiennent pas en éveil, n’amènent pas à une rencontre véritable avec le Seigneur. Par ailleurs, quand la Parole est proclamée et actualisée de façon incisive, elle étanche la soif spirituelle des fidèles et leur fournit la nourriture qu’ils attendent. »

Mgr Raymond St-Gelais, extrait de sa lettre pastorale.

NDC – Quel bilan avez-vous tracé du cheminement parcouru depuis l’invitation lancée par le concile à promouvoir la place de la Parole de Dieu dans la pastorale?

R. St-Gelais – Je pense qu’il y a eu un réel effort en vue de redonner une place plus importante à la Parole de Dieu. Il y a eu un renouveau du mouvement biblique. Les études bibliques ont été approfondies. La Bible occupe plus de place dans les études théologiques. Le synode a cependant lancé un nouvel appel en demandant que la pastorale biblique ne soit pas qu’un secteur de la vie de l’Église mais bien que toutes nos activités pastorales soient animées par le souffle de la Parole de Dieu. 

Le diocèse de Nicolet est déjà en train d’emprunter cette voie. Je constate que la Parole de Dieu est devenue un élément dynamisant de la pastorale diocésaine. Elle éclaire nos discernements et nos orientations. Le synode a parlé d’une lecture priante de la Parole.  Nous consacrons aux services diocésains comme dans tout le diocèse plus de temps à prier la Parole lorsque nous tenons des réunions. La Parole devient ainsi un guide et une lumière qui éclaire notre route.

 

Mgr Raymond St-Gelais montre un cadeau qu’il a reçu du pape 
à la suite de sa participation au synode.
Il s’agit d’une bible polyglotte qui renferme le texte des Écritures 
en hébreu, en grec, en latin et en anglais.

Photo : J. Martineau

 

NDC – Vous écrivez dans votre lettre pastorale que la Parole de Dieu doit être le souffle vital de la catéchèse.  Saurons-nous prendre ce virage au moment où nous vivons de grands changements dans l’enseignement de la catéchèse ?

R. St-Gelais –J’ai écrit qu’il faut aller de l’avant et envisager le projet catéchétique enraciné dans la Parole de Dieu car il existe une relation vitale entre Bible et catéchèse. C’est par l’écoute de la Parole que la foi naît et se développe. Déjà saint Paul nous enseignait cela dans ses lettres. Nous vivons une période de transition mais les évêques du Québec ont déjà écrit qu’une catéchèse qui ne part pas de l’Évangile et qui n’aboutit pas à l’Évangile n’est pas une vraie catéchèse. Nous devons donc accentuer la place que nous accordons à la Parole de Dieu. La foi n’est pas uniquement le fruit d’un raisonnement. Elle est l’adhésion à la personne de Jésus Christ qui nous invite à le suivre et à entrer en communion avec lui. Il faut que la Parole de Dieu soit à la base de nos parcours catéchétiques.

NDC – Le synode a réfléchi sur la place qu’occupe l’homélie dans la transmission de la Parole de Dieu. Est-ce qu’il y a une réforme à y apporter?

R. St-Gelais – Il est certain que l’homélie est l’un des lieux principaux où la Parole est annoncée. Pour la plupart des catholiques pratiquants, la liturgie est le seul lieu où ils entendent la Parole de Dieu. J’ai souvent en tête le texte du document Dei Verbum où il est écrit que les prédicateurs comme les catéchètes doivent être d’abord des intimes auditeurs de la Parole de Dieu avant de la proclamer. 

Le synode a insisté pour que la Parole de Dieu soit proclamée avec soin lors des célébrations liturgiques. Que de fois nous entendons des textes de l’Écriture proclamés par des personnes qui ne sont pas conscientes qu’il s’agit d’un texte de la Parole de Dieu. On ne sent pas une certaine vénération pour la Parole. Comment cette parole va-t-elle être accueillie? Il est important d’apporter une attention spéciale à la proclamation de la Parole dans la liturgie. Le pape, dans son homélie d’ouverture, disait que la Parole de Dieu est une lettre d’amour  de Dieu et qu’il  y a un lien unique entre la Parole et l’Eucharistie.

C’est aussi pour cette raison que le synode a réfléchi à l’importance de l’homélie. Les évêques comme les prêtres sont menacés par le risque de l’habitude. Il nous arrive de voir un texte de la Bible et de nous dire que nous le connaissons bien. Ainsi, nous pensons pouvoir le commenter sans difficulté. Je dois me poser une autre question : est-ce que je me suis laissé imprégner par cette Parole pour qu’elle devienne une Parole vivante pour moi et pour la communauté aujourd’hui? J’ai la conviction que la Parole de Dieu que nous proclamons chaque jour à la liturgie est une parole pour aujourd’hui.  Elle éclaire l’aujourd’hui de notre vie. La Parole jaillit du cœur de Dieu et nous devons l’approcher comme nous nous approchons du mystère d’une personne. Nous nous approchons des autres avec respect et confiance. Je me dois d’accueillir cette parole comme venant d’un cœur qui nous aime.

NDC – Le synode a fait des recommandations au pape. Il a entre autres demandé au pape de conférer le ministère de lecteur aux femmes. Pourquoi faire une telle demande?

R. St-Gelais – Je crois que cette proposition va de soi. Le Code de droit canonique dit que le ministère de lecteur est destiné aux futurs prêtres et de ce fait, il est conféré à des hommes. Ce ministère d’ailleurs ne concerne pas seulement la proclamation de la Parole lors de la liturgie. Il englobe aussi tout le travail de proclamation de la Parole fait dans la catéchèse. Il faut aujourd’hui reconnaître que les femmes sont très nombreuses dans l’enseignement de la catéchèse. La recommandation des évêques va dans le sens que les femmes soient reconnues ministre de la Parole. Cette recommandation ne fait que confirmer la pratique actuelle qui a cours dans l’Église. Il est normal de dire que ce ministère n’est pas réservé qu’aux hommes.

NDC- Les évêques québécois ont souvent réfléchi à la crise que vit la religion catholique au Québec. Croyez-vous que la nouvelle évangélisation proposée doit passer par une redécouverte du rôle essentiel de la Parole de Dieu dans la vie de foi?

R. St-Gelais – Tout à fait… Je pense que le passé des Québécois a été très marqué par l’accent que nous avons mis sur les Commandements de Dieu. Je n’ai rien contre cela mais cela nous a amenés à développer davantage un discours moral alors que la foi chrétienne consiste à rencontrer Jésus Christ qui nous invite à lui donner notre adhésion. Le renouveau chrétien va se faire à partir de la Parole de Dieu. Je pense que ce renouveau est déjà commencé. Il ne donnera pleinement des fruits que dans la mesure où notre vie chrétienne s’alimentera encore davantage à la source qu’est la Parole de Dieu. Je me souviens du discours d’un évêque mexicain qui racontait que des autochtones de son pays lui avait dit que la Parole de Dieu leur permettait de se donner un élan face à l’avenir. Je pense que cette Parole peut porter ici les mêmes fruits et motiver notre élan à aller vers les autres et vers les plus pauvres.