Spiritualité en famille : mode d’emploi


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ENTREVUE par Stéphane Gaudet

Valérie Roberge-Dion

Spiritualité en famille : mode d’emploi

Valérie Roberge-Dion écrit depuis quelques années dans des publications chrétiennes de chez nous. Journaliste, catholique pratiquante, épouse, mère, membre du comité de rédaction de la revue Notre-Dame-du-Cap, agente de communication et de développement au Centre de formation chrétienne Agapê, la jeune femme de 31 ans vient d’ajouter « auteure » à cette liste avec la parution chez Novalis de son premier livre, Entre ciel et mère. Spiritualité, vie de famille et autres acrobaties, qui aborde les thèmes de la spiritualité familiale et de la transmission de la foi aux enfants.

UNE BANQUE D'IDÉES

Valérie est la maman de Flavie, trois ans, et de Julien, 18 mois cet été. L’arrivée des enfants a bouleversé son existence et changé sa façon de voir la vie. « Les enfants m’amènent plus loin, me font grandir. » Mais comment éveiller les enfants à la foi? Les parents croyants ne peuvent plus compter sur l’école pour cela et doivent s’en occuper eux-mêmes. Or, ils se sentent mal outillés, d’où l’idée de publier ce petit livre (120 pages) qui se veut une banque d’idées pour les parents qui ressentent cette lacune. La jeune maman dit avoir écrit son livre en pensant, entre autres, aux parents qui font baptiser leur enfant et qui ne savent pas, par la suite, comment lui transmettre leur foi. En plus de puiser dans sa propre expérience de mère, l’auteure a interviewé une quinzaine de familles. « Bien sûr, c’est une vision très personnelle qui en résulte, mais il faut le prendre comme un témoignage parmi d’autres. »

On entend souvent des parents dire qu’ils ne souhaitent pas transmettre de croyances religieuses à leurs enfants, que ce sera à ces derniers de choisir plus tard, quand ils seront plus matures, une voie spirituelle. Valérie Roberge-Dion n’est pas du même avis. « Une phrase d’Éric-Emmanuel Schmitt dans le film L’Heureux Naufrage m’a interpellée : on est à la seule époque où quand un enfant de 15 ans demande à son père “Quel est le sens de la vie?”, le père se tait. C’est quand même étrange. On a la responsabilité, comme parents et éducateurs, de partager les pistes de sens qu’on a trouvées, sans les absolutiser. Il faut donner à nos enfants un coffre à outils pour qu’ils n’aient pas à repartir à zéro. En toute liberté, ils en feront ce qu’ils voudront. Il faut semer en eux la question et le goût de se la poser. C’est une question commune à toutes les générations et religions, depuis la nuit des temps. »

QUELLE FAMILLE ?

Le livre s’adresse à toutes les familles, qui peuvent revêtir différentes formes en 2016. « J’ai lu la récente exhortation apostolique du pape François sur la famille, Amoris laetitia (La joie de l’amour). J’ai été surprise de la reconnaissance par l’Église de la diversité et de la réalité des familles d’aujourd’hui. Parmi mes amis, je la vois, cette diversité. Dans mon livre, je ne pose pas de jugement. Mon pari est de proposer, dans une inclusion qui va de soi, une spiritualité familiale qui soit inspirante dans une variété de situations. »

Mais dans tous les cas, le dénominateur commun est le don de soi, gratuit, qui n’espère rien en retour. Car s’il s’agissait d’un calcul coûts-avantages, les parents arriveraient souvent « dans le rouge ». Pourquoi fonder une famille alors ? « Dans le don de soi, on sent qu’on fait la bonne chose, que ça nous fait grandir comme humains, que ça nous rend meilleurs. Et l’aspect chrétien du don de soi est qu’il nous fait participer au mouvement divin en entrant dans la dynamique d’un Dieu qui se donne. Ça va bien au-delà d’un calcul. » 

entrevue0716 familleL’auteure, son époux Louis-Simon et la petite Flavie en vacancesFAIRE CONFIANCE 

Il arrive que des parents voient leurs enfants adopter des valeurs ou faire des choix différents de ce qu’ils ont voulu leur transmettre. Comment bien vivre avec cette situation fréquente ? « Il faut accepter qu’à un moment donné, notre enfant devient une autre personne, un adulte. Ça demande beaucoup de lâcher-prise. Je ne sais pas comment je vais le vivre, mais je vais essayer d’être en paix avec ça le plus possible. Si mes enfants n’adoptent pas la même confession religieuse que moi, tant qu’ils seront dans le don de soi et l’ouverture à l’autre, ils seront en plein au cœur de l’Évangile. » Beaucoup de parents croyants vivent comme un échec le fait que leur progéniture prenne ses distances avec la foi et se demandent où ils ont fauté. Valérie Roberge-Dion croit que la déception est normale, mais souhaite encourager ces parents. « Je veux leur dire de faire confiance à leurs enfants, à ce qu’ils ont semé en eux, et à Dieu : on n’a pas le contrôle sur une éventuelle rencontre personnelle entre Dieu et nos enfants », propose-t-elle.

Le livre ne fait pas de prosélytisme. Des parents non croyants de l’entourage de l’auteure lui ont avoué y avoir trouvé eux aussi matière à réflexion. « On me dit que mon propos est respectueux. Mais je ne cacherai pas que je me sens néanmoins en mission : rendre la spiritualité moins taboue, faire tomber des préjugés, montrer des visages de croyants qui sont comme tout le monde, pas des extraterrestres ou des gens en réaction à la culture ambiante, mais des parents qui font des tentatives de concilier leur foi et l’éducation de leurs enfants. » 


Entrevue0716 livreUNE LECTURE ESTIVALE

Valérie Roberge-Dion croit que son premier opus peut être une lecture idéale pour la belle saison. « L’été, on prend du recul par rapport au train-train de la vie qui file à toute allure. On peut puiser dans le livre des idées qui nous touchent et nous inspirent pour relancer l’année sur des bases nouvelles. »

Il peut aussi être utile aux grands-parents qui désirent entrer en dialogue avec leurs petits-enfants sur les questions de foi, mais ne savent pas comment. « Je serais contente si mon livre pouvait être un déclencheur de belles conversations », espère l’auteure.

Pour Valérie, la spiritualité n’est pas une parenthèse dans la vie, elle est partie intégrante du quotidien. « Tout dépend des lunettes qu’on choisit de porter. Être chrétien, c’est voir les clins d’œil de Dieu, les pistes d’espérance là où il n’y en a pas beaucoup; c’est regarder le quotidien avec des lunettes qui nous ouvrent à la présence de Dieu. »