Ce monde en train de passer

À BATONS ROMPUS par Paul Arsenault, omi

          DÉCEMBRE 2020

Les années se dissolvent en mois, les mois en jours, les jours en heures, en minutes et en secondes, et les secondes fuient. On ne peut pas les attraper. — Józef Piłsudski

Le temps : une réalité bien terrestre, une réalité qui disparaîtra dans l’au-delà. Le temps qui passe, le temps si précieux, le temps qui nous échappe et ne reviendra plus. Nous ne reverrons plus jamais l’année 2020. Voilà pourquoi il est si important de vivre le temps qui est le nôtre et de ne le vivre ni dans le passé, ni dans l’avenir. Le vivre selon la fameuse maxime latine Carpe diem: Vis, saisis le jour présent. Le temps n’est pas un cycle infernal qui tournerait sur lui-même sans jamais s’arrêter ni déboucher sur rien. Un jour, le temps ne sera plus afin de faire place à l’éternité. 

Le provisoire ou l’éternel? 

Dans le contexte d’une époque troublée où l’on attendait prochainement le retour glorieux du Christ, saint Paul écrivait : «Le temps est limité. Désormais, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’avaient pas de femme, ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas […] car ce monde tel que nous le voyons est en train de passer» (1 Corinthiens 7,29-31).

L’Apôtre ne nous invite pas à nous méfier d’un monde qui serait méchant, ni à vivre dans l’indifférence et le mépris en nous gardant les mains libres et le cœur propre par peur d’être contaminés au contact du monde! Il nous invite plutôt à faire un bon usage du temps et des biens de ce monde; mettre du relatif dans toutes les valeurs terrestres au lieu d’en faire des absolus. Nous appartenons tous à deux mondes: celui de la terre et celui du ciel, et nous sommes souvent tiraillés entre les deux.

Puissions­-nous ne pas nous accrocher à ce qui passe. Non pas parce que ce qui passe n’est pas bon, mais parce que ce qui passe est temporaire. Puissions-­nous ne pas devenir dépendants des réalités terrestres. Nous donnons trop d’importance à ce qui passe et pas assez à ce qui demeure; nous accordons trop de place à ce qui est provisoire et pas assez à ce qui est éternel, car «l’amour ne disparaît jamais» (1 Corinthiens 13,8). 

Marie au fil du temps 

«Quand est venu l’accomplissement du temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme» (Galates 4,4). Depuis ce jour du premier Noël, nous sommes assurés, tout au long de notre vie, de la présence de Marie notre Mère. Elle nous accompagne pour franchir les étapes et les passages de notre vie. Au fil des jours, des semaines et des mois de l’année, nous pouvons compter sur Marie. Nous nous unissons à cette femme qui retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. Qui de nous peut dire avec sainte Thérèse d’Avila : «C’est une joie pour moi d’entendre sonner l’horloge : je vois écoulée une heure de ma vie, je me vois un peu plus près de voir Dieu.» 

Notre-­Dame du matin 
Quand l’aube aux doigts de rose 
Étale ses lueurs premières 
Comme une jonchée de fleurs 
Je te salue pleine de grâce 
(Fernand Laberge)

Après les grandes promesses de l’ange de l’Annonciation : cet enfant sera grand, appelé Fils de Dieu, son règne n’aura pas de fin, Marie trouvait sous ses yeux un enfant frêle, fragile, faible. Voilà qui n’était pas très convaincant. Sainte Marie, Mère de Dieu, seule en cette nuit de Noël, seule avec Joseph, il n’y a pas de place à Bethléem. Le temps devait être long. L’Emmanuel était là, tout près, et ce sont des pauvres, des ignorants, des étrangers qui sont venus adorer le Fils de Dieu emmailloté et couché dans une mangeoire. 

Notre-­Dame du plein jour 
Quand la lumière sonore 
Du soleil à son zénith 
Exalte la Vierge pure 
Je te salue pleine de grâce 
(Fernand Laberge) 

Marie ne laissait pas passer les événements sans s’y arrêter, sans les approfondir, sans les prier, sans en dégager la signification pour sa vie de foi. Parfois, nous nous plaignons de manquer de profondeur, de vivre à la surface des choses et des événements. C’est probablement parce que nous ne sommes pas assez attentifs à notre vécu, au vécu du monde contemporain. Les événements passent, les paroles passent, les années passent et nous ne les voyons pas. On n’a pas le temps. Un peu d’attention, un peu de silence, un peu de temps sont nécessaires pour saisir la portée de ce que nous vivons. 

Notre-­Dame du soir 
Quand le jour se fond dans le crépuscule 
Et que se rassemblent pour l’humble prière 
Les fidèles à Marie 
Je te salue pleine de grâce 
(Fernand Laberge) 

Quand vient le jour de l’An, nous accueillons les souhaits de la part de Dieu à Moïse pour les fils d’Israël, tels que rapportés au livre biblique des Nombres. Sûrement que Marie les a savourés, médités, elle se les est appropriés. Puissions­-nous en faire autant alors que le Seigneur nous fait ses propres souhaits à l’aube de la nouvelle année: «Que le Seigneur te bénisse et te garde! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix» (Nombres 6,24-26). 

Notre-Dame de la nuit 
Quand le mystère profond des ténèbres 
Enveloppe le paisible murmure des priants solitaires 
Je te salue pleine de grâce 
(Fernand Laberge)

Fondée en 1892 par le bienheureux Frédéric Janssoone, o.f.m.

Magazine d’information religieuse et de vie spirituelle, publié 10 fois l’an, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

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