IL N'EST PAS ENCORE TROP TARD par Normand Provencher, o.m.i.

Faut-il faire baptiser notre enfant?  

Il y a quelques années la question ne se posait pas. Tous les parents catholiques présentaient leur enfant au baptême, le jour même ou le lendemain de sa naissance. C’était un devoir de le faire sans tarder pour qu’il ne soit pas privé du ciel s’il lui arrivait de mourir. De nos jours, de moins en moins de parents font baptiser leur enfant. Ils n’en voient plus la nécessité et se disent que c’est à lui de choisir plus tard de devenir chrétien. Inquiètes de cette situation, des grands-mères me confient qu’elles ont pris l’initiative de baptiser le bébé à l’occasion du bain, et sans en parler aux parents. Mais est-ce là le sacrement du baptême tel que le demande l’Église? 

Plus qu'un sacrement de la naissance

il n est jamais trop tard01Durant les premiers siècles de l’Église, le baptême concernait surtout les adultes qui acceptaient de se convertir au Christ à la suite d’une longue préparation. C’était le sacrement de la conversion, du pardon des péchés et de l’ entrée dans la communauté chrétienne.

Vers les 4e et 5e siècles, on se demande s’il convient de baptiser les nouveau-nés, qui ne sont pas encore conscients et n’ont donc pas à être pardonnés du péché. C’est alors que des penseurs chrétiens, tel saint Augustin, considèrent que les jeunes enfants sont marqués par le «péché originel» qui affecte tous les humains au tout premier moment de leur existence. Ils sont donc des pécheurs qui ont besoin du baptême pour effacer la «tache» du péché et être assurés du salut éternel s’ils venaient à mourir. C’est ainsi qu’on en vient dans la chrétienté à baptiser les nouveau-nés. Et le baptême des adultes deviendra l’exception.

Sacrement de la foi

Le baptême suppose que l’on partage la foi de l’Église. L’enfant est trop jeune pour s’engager lui-même. Il est donc baptisé dans la foi des parents. D’ailleurs, ces derniers font bien d’autres choix pour leur enfant, choix qui concernent son éducation, sa culture et sa langue, sa santé. En cela, ils ne contraignent pas sa liberté, lui donnant ce qui leur paraît nécessaire pour son avenir. En le présentant au baptême, ils ont le souci d’offrir le meilleur à leur enfant, dès son plus jeune âge, et de l’éduquer dans la foi chrétienne. C’est pourquoi l’Église n’accepte pas que l’on baptise les tout-petits sans le consentement et l’engagement des parents.

Le renouveau du baptême

Le concile Vatican II (1962-1965) apporte des changements majeurs dans la pastorale baptismale. Tout d’abord, il redécouvre l’initiation chrétienne, rétablit le catéchuménat des adultes, un temps d’évangélisation avant la célébration du sacrement. Le Concile révise le rite pour le baptême des tout-petits, l’adaptant à eux et exprimant le rôle des parents, des parrains et marraines. Autrefois, tout se passait en privé, le plus souvent à la sacristie, en peu de temps et en latin. Le sacrement revêt dorénavant une dimension ecclésiale, célébré avec la communauté, si possible le dimanche et avec une liturgie de la Parole. Pour le sacrement le plus important de la vie chrétienne, ne faut- il pas en faire une belle et authentique célébration?

Tout ce renouveau du baptême des enfants permet de faire ressortir l’initiative de Dieu qui fait déjà d’eux des membres de l’Église, insérés dans une existence marquée par le Christ, le Sauveur de tous les humains.