VIVRE par Jean-Paul Simard 

L’amour
          agapè
       

Le mot agapè réveille toujours en moi une certaine émotion. Ce mot aux consonances si belles provient du grec et signifie «aimer». Aimer, mais dans son sens le plus profond, le plus élevé et le plus noble. L’une des plus belles définitions de l’amour agapè est celle qu’en donne Jacques Salomé quand il écrit : «C’est un amour dans lequel il n’y a pas de désir physique, comme le désir de faire l’amour. C’est un amour de bienveillance, de reconnaissance et de l’acceptation de l’autre tel qu’il est. C’est une sorte d’amour gratuit, à sens unique, dans lequel on se sent capable d’accueillir l’autre sans jugement et sans avoir besoin d’être accueilli par lui. Cet amour-là nous fait toucher au divin en nous, il nous permet de pouvoir aimer, même ceux qui ne nous aiment pas.» Comme le suggère Salomé, l’amour agapè tient à la fois du profane et du divin. 

Pour sauver le monde

Vivre01Au plan profane, l’amour agapè possède de fortes affinités avec l’amour altruiste. Ce type d’amour, qui a fait l’objet d’un volumineux ouvrage de près de mille pages de la part de Matthieu Ricard, est présenté comme une manifestation naturelle de la bonté humaine, dont nous avons tous le potentiel en dépit des motivations multiples, souvent égoïstes, qui traversent et parfois dominent nos esprits. À ce titre, l’altruisme devient un facteur déterminant dans la vie sociale et communautaire. C’est la raison pour laquelle de nos jours on fait beaucoup confiance à l’altruisme pour sauver le monde en même temps que sa propre vie. C’est en ce sens qu’on a parlé du pouvoir salvifique de l’amour. Combien de fois n’avons-nous pas entendu dire que seul l’amour peut sauver le monde? C’est vrai! Notre monde en a bien besoin quand on considère les haines, les déchirements, les xénophobies, homophobies et autres phobies, les guerres entre les peuples qui marquent notre époque. 

Cet amour-là, il va sans dire, est difficile, voire sublime. Il n’a rien de l’amour sentimental ou romantique qui est fondé sur l’ego et qui s’accompagne souvent d’une certaine avarice du cœur. Il nous permet d’aimer même ceux qui ne nous aiment pas. Nous ne sommes pas loin ici de l’amour chrétien, celui de l’Évangile. Comme l’amour altruiste, l’amour chrétien – désigné aussi par la charité chrétienne − est un amour désintéressé, sans recherche d’un enrichissement personnel. Dans ces conditions, on peut comprendre pourquoi Jacques Salomé dit qu’il touche au divin en soi. Pour le chrétien, cela fait évidemment référence à la personne du Christ, modèle absolu de l’amour agapè

Guérison intérieure

Pour illustrer ce type d’amour, je ne trouve pas de plus bel exemple que celui de l’amour perçu spontanément à travers la célèbre prière de saint François d’Assise : «Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie.» Comme on le devine, c’est cet amour qui fournit le meilleur baume à la vie. Il possède des propriétés curatives étonnantes. C’est d’ailleurs ce pouvoir qui est expérimenté dans les nombreux centres d’agapèthérapie consacrés à la guérison intérieure par l’amour divin. Je développerai cet aspect dans mon prochain article, le dernier sur le sujet. 

 (À suivre)