À BATONS ROMPUS par Paul Arsenault, o.m.i.


A batons rompusLa mémoire du meilleur de notre passé est la condition
de notre entrée dans une terre d’espérance.

           — René Latourelle, De la morosité à l’espérance


Je me suis souvent demandé combien de mes concitoyens savent ce qu’ils fêtent quand vient le jour de l’Action de grâce. J’ai fait mon petit sondage pour découvrir que la plupart n’en savent rien, sinon qu’il s’agit d’une occasion de se rassembler en famille ou avec des amis pour manger et trinquer... Voilà qui est assez réducteur comme signification de l’Action de grâce. Un signe de plus comme quoi nous vivons dans une société sécularisée. 

Une symphonie de couleurs

Fêter l’Action de grâce, c’est laisser chanter en nous la mémoire du cœur. Se souvenir du don de la vie, de tant de biens dont Dieu nous comble; c’est contempler la symphonie des couleurs de notre automne, c’est dire merci pour l’été 2019; c’est rendre grâce pour les produits de notre terre, de nos jardins, ces fruits et ces légumes qui ont ornementé nos tables, nourri notre corps pendant la saison estivale.

Fêter l’Action de grâce, c’est laisser émerger la mémoire du cœur. Rendre grâce pour un amour et les enfants qui sont nés de cet amour; rendre grâce pour un premier emploi qui nous a fait entrer sur le marché du travail et gagner notre vie comme celle de notre famille; rendre grâce pour les personnes qui nous ont aidés à nous libérer de la dépendance à l’alcool ou aux drogues. Un signe que l’évangélisation a eu lieu, c’est la capacité de rendre grâce. La reconnaissance est l’envers de l’ingratitude, l’envers de l’enfant gâté à qui tout est dû. 

Fêter nos racines

Fêter l’Action de grâce, c’est célébrer la fierté d’être citoyen de ce pays. C’est fêter les racines de notre appartenance à un peuple. C’est se souvenir de cette petite phrase arborée avec fierté sur toutes les plaques d’immatriculation de nos voitures au Québec, à savoir «Je me souviens». C’est fêter notre passé : un passé de découvertes et de bienfaits. Un peuple, une Église, une famille qui a honte de son passé ou qui rompt avec le passé n’a pas d’avenir. Se couper de sa source, c’est mourir. 

Fêter l’Action de grâce, pour un croyant, c’est laisser monter en notre cœur la reconnaissance pour ce jour où le Seigneur nous a invités à le suivre. Il nous a accueillis tant de fois à sa table, il nous a donné tant de fois le pardon. Pour un disciple de Jésus, c’est célébrer l’Eucharistie, action de grâce pour ce Pain de vie, c’est fêter LE MÉMORIAL par excellence : celui de la Mort et de la Résurrection du Seigneur.