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L’amour

LES MOTS DE LA VIE par Jérôme Martineau

           JANVIER-FÉVRIER 2022

PHOTO : ISTOCKPHOTO.COM/STELLALEVI

Tout le monde rêve de l’amour idéal. Les poètes ont écrit à son propos leurs plus beaux vers. Ils y reconnaissent le moteur de leur vie.

Gilles Vigneault, inspiré par une peine d’amour ou par un autre événement, a écrit « qu’il est difficile d’aimer ». Raymond Lévesque a lancé ce cri  : « Quand les hommes vivront d’amour […], nous, nous serons morts, mon frère. » Thérèse de Lisieux a confessé dans son journal: «  Ma vocation, enfin je l’ai trouvée, ma vocation c’est l’amour.  » Pour Ravi Jay Gunnoo, «  l’amour est la première folie de l’homme, l’amour est l’ultime garde-fou de l’humanité ».

Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens (13,1-13) déploie tout son talent d’écrivain dans les célèbres versets de l’hymne à l’amour. Pour lui, « l’amour prend plaisir à la vérité. Il résiste à tout, il croit tout, espère tout, supporte tout. » Jésus, en faisant de l’amour le commandement par excellence, indique le seul chemin que doit prendre l’humanité pour réaliser pleinement la mission confiée par le Créateur. L’amour crée la vie et la fait croître.

Une dimension de la vie quotidienne

L’amour est une réalité qui ouvre divers horizons. Nous pouvons rêver de l’amour idéal. Attention, ce n’est qu’un rêve ! L’amour est une dimension de la vie quotidienne. C’est une attitude du cœur et de l’esprit qui nous fait entrer dans la vie réelle, comme l’a écrit saint Paul : «  L’amour sait attendre, l’amour est compréhensif et il n’est pas jaloux. L’amour ne s’enfle pas, il ne se fait pas valoir; il n’a rien de noble et ne cherche pas son intérêt. Il ne se met pas en colère, et il oublie le mal » (1 Corinthiens 13,4).

La force de ce texte réside dans le fait que Paul n’est pas un théoricien de l’amour. Il décrit l’amour tel qu’on devrait le pratiquer. L’amour s’exprime à travers tout ce qui construit les relations. C’est là que réside sa force créatrice. L’humanité s’exprime par les relations. Elle n’existerait pas s’il n’y avait pas ce moteur puissant qui propulse la vie des hommes et des femmes.

Une phrase du psychanalyste Erich Fromm a un jour retenu mon attention  : « La pratique de l’art d’aimer exige la pratique de la foi. » Quel est donc le lien qui unit la foi et l’amour ? Le moteur de la foi est la confiance. C’est parce que nous avons confiance en une personne que nous pouvons amorcer avec elle une relation. Celui ou celle qui ne met pas sa confiance en quelqu’un ne peut pas l’aimer. En ce sens, l’amour n’est pas qu’un sentiment.

Un acte de foi

Erich Fromm ajoute : « L’amour est un acte de foi, et qui a peu de foi a peu d’amour. […] Aimer son prochain, c’est se sentir responsable de lui et ne faire qu’un avec lui. » L’amour, c’est l’être humain en action qui exprime le meilleur de lui-même. Le mot «action» est ici important. À combien de grands rassemblements chrétiens n’ai-je pas assisté durant lesquels l’amour était présent ? Hélas, les lendemains furent décevants. L’amour ne s’était pas exprimé par des actions. L’amour est souvent limité parce que l’engagement ne suit pas nos belles confessions et même nos larmes d’amour.

Le texte de saint Paul ne tombe pas dans ce piège. Ce sont des attitudes qui incarnent l’amour. Que signifie « être patient » ? Que signifie que l’amour « prend plaisir à la vérité  » ? Une lecture attentive de ce texte nous ramène aux relations que nous tissons avec les gens qui nous entourent. L’amour vrai est expression de ce qui habite le cœur de l’homme. Ainsi, l’amour devrait bénéficier des conversions personnelles que nous sommes appelés à mettre en pratique. L’amour grandit en nous de plus en plus si nous ne cessons de nous convertir. Érich Fromm croit que « l’amour est une sollicitude active pour la vie et la croissance de ce que nous aimons ».

La première lettre de saint Jean place l’amour au centre de la vie chrétienne : « Mes bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, car l’amour vient de Dieu » (1 Jean 4,7). Il poursuit en révélant cette vérité : « Quant à nous, nous aimons parce que Dieu nous a aimés le premier » (4,19). Dans la pensée de Jean, c’est le don de Jésus à l’humanité qui est la preuve ultime de l’amour de Dieu. C’est Dieu qui a pris l’initiative de l’amour.

Le don de soi

C’est à travers le don que s’exprime la force de l’amour. Tout ce qu’un humain donne est un acte d’amour. Le don est l’ouverture ultime vers l’autre. Par le don, je partage ce qui fait ma richesse. Cette richesse ne m’appartient pas. Elle est au service de la vie. C’est là le secret de Dieu. Jésus, son Fils, ne lui appartient pas. Il est l’être divin au service de l’humanité. Dieu ne cesse de se tourner vers nous. Son Esprit s’exprime en nous dans le don. Dieu ne connaît qu’une seule politique: celle du cœur ouvert et de la main tendue.

L’Évangile de Jean place le don au centre de l’acte d’amour: «Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous aime. Le plus grand amour que quelqu’un puisse montrer, c’est de donner sa vie pour ses amis» (Jean 15,13). Mère Teresa a exprimé cette réalité dans quelques citations riches de sens : « L’amour intense ne mesure pas, il fait juste donner. L’amour n’est plus l’amour s’il n’est pas partagé. L’amour ne se mesure pas, il se donne. »

L’amour n’est possible que si nous nous ouvrons au mystère de la relation qui nous habite. Un trésor est niché au cœur de chaque personne. Son nom est l’amour. Un peu comme pour le métier de mineur, nous n’atteignons la plénitude de l’amour que si nous acceptons de découvrir en profondeur combien l’amour transforme le monde. Nous pourrons alors chanter : « Quand les hommes vivront d’amour, il n’y aura plus de misère… »

Fondée en 1892 par le bienheureux Frédéric Janssoone, o.f.m.

Magazine d’information religieuse et de vie spirituelle, publié 10 fois l’an, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

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