Le paradis

LES MOTS DE LA VIE par Jérôme Martineau

          NOVEMBRE 2022

Le paradis

Le Paradis, dans la coupole de la cathédrale Saint-Pierre de Mantoue, en Italie.
PHOTO : STÉPHANE GAUDET

La tradition de se souhaiter au jour de l’An le paradis à la fin de nos jours a marqué mon enfance. Au fait, qu’en est‐il aujourd’hui du paradis tant espéré ?

Le mot paradis est apparu dans la langue persane. Il signifie « enclos » et par extension, « jardin ». L’historien Jean Delumeau a écrit que le mot paradis désignait un verger entouré par un mur qui le protégeait contre le vent du désert. Les habitants du désert ne cessaient de rêver à un endroit où la nature serait luxuriante. C’est ainsi que le début de la Bible nous montre Adam et Ève habitant un jardin. Les débuts symboliques de l’humanité se déroulent dans un paradis. Il apparaissait dans la logique des choses qu’après la mort, l’âme de l’humanité habite un paradis céleste. Cette donnée est présente dans la plupart des religions. L’humanité est d’une rare unanimité à propos de la vie après la vie.

Une étude du paradis nous permet de découvrir que la manière dont nous le percevons a évolué au cours des siècles. Les théologiens n’ont pas cessé au cours des deux derniers millénaires de tenter de répondre aux questions : qu’est-ce que le paradis? Comment y vit-on ? Quelle est la condition de notre être ? Est-ce qu’on y retrouve nos conjoints, nos enfants, nos amis ? Quelle vision aurons-nous de Dieu ?

Mille et une représentations

Saint Augustin et saint Thomas d’Aquin ont été des penseurs qui ont largement alimenté les images que l’on se fait encore aujourd’hui du paradis. Un autre personnage de l’Antiquité a marqué profondément les représentations du paradis. Il s’agit du Pseudo-Denys, un moine syrien qui a vécu vers les années 500. C’est à lui que l’on doit la division de la cour céleste en neuf chœurs. Au premier chœur, les chérubins sont au sommet dans l’entourage de Dieu alors que les anges sont auprès des hommes. Cette vision s’inspire de l’Apocalypse de Jean.

La pensée ancienne présentait le paradis en lien avec la manière dont on concevait l’univers. Le philosophe grec Aristote et le mathématicien Ptolémée proposaient une vision de l’univers qui a influencé les penseurs chrétiens. Cette vision a été ébranlée par les travaux de Galilée et de Copernic, qui ont démontré que la terre n’était pas le centre de l’univers. On ne pouvait plus parler du paradis en termes de lieu, mais comme d’un état de l’humanité après la mort. Les récentes découvertes liées aux observations étonnantes faites par les nouveaux télescopes spatiaux viennent encore questionner notre conception du ciel.

Le paradis nous permet de poser davantage de questions que nous trouvons de réponses. Il faut savoir que le paradis à beaucoup influencé l’art chrétien. La décoration des églises à partir de la Renaissance vers les années 1400 a laissé une large place au paradis. La multiplication des vastes coupoles avait pour but de proposer des représentations du ciel. La décoration de nos belles anciennes églises québécoises allait plus modestement dans ce sens. Les artistes proposaient par la beauté une représentation du paradis.

La discrétion de Jésus

Pourquoi tant de mots pour une réalité que nous ne pouvons pas connaître ? Jésus a été très discret à ce propos. Ses interventions sont énigmatiques. L’Évangile de Luc rapporte la réponse de Jésus au bon larron : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans la paradis » (23,43). La réponse de Jésus n’est pas descriptive. Saint Jean, dans le discours d’adieu, met ces mots dans la bouche de Jésus: « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Si cela n’était pas, je vous l’aurais dit. Je vais vous préparer une place » (Jean 14,2). Les paroles de Jésus ont pour but de réconforter les disciples au moment où il annonce son départ. Ils sont tristes. Pourront-ils le suivre ? Jésus retourne vers le Père. Oui, les disciples le suivront, car ceux qui croient au Fils de Dieu pourront participer avec Jésus à l’héritage de la gloire.

Les sadducéens tendirent un piège à Jésus. Ils voulaient savoir de quel mari une femme qui en eut plusieurs serait-elle l’épouse après la résurrection. Jésus leur répondit: «Car lorsqu’on ressuscite d’entre les morts, on ne prend ni femme ni mari, morts on est comme des anges dans les cieux» (Marc 12,25). Il est intéressant de constater que cette scène se termine par le fait que Jésus rappelle que Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Le paradis est pour les vivants que Dieu accueille.

Le lieu de la tendresse de Dieu

Adieu les représentations ! En commentant l’expression «qui es aux cieux», le catéchisme de Jean-Paul II dit : « Cette expression biblique ne signifie pas un lieu (l’espace), mais une manière d’être. » (2794) Cyrille de Jérusalem écrivait : « Les “cieux” pourraient bien être ceux qui portent l’image du monde céleste, et en qui Dieu habite et se promène. » On a écrit que le christianisme est la religion du ciel. À trop regarder le ciel, on risque de se désengager de notre mission terrestre.

Le Catéchisme catholique rappelle que « vivre au ciel, c’est “être avec le Christ”. Les élus vivent “en Lui”, mais ils y gardent, mieux, ils y trouvent leur vraie identité, leur propre nom » (1025). Le texte poursuit (1027) : « Ce mystère de communion bienheureuse avec Dieu et avec tous ceux qui sont dans le Christ dépasse toute compréhension et toute représentation. L’Écriture nous en parle en images : vie, lumière, paix, noces, vin du royaume, maison du Père, Jérusalem céleste, paradis: “Ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment” (1 Corinthiens 2,9). »

Le pape François résume l’état du ciel par ces mots : « Le Paradis n’est pas un conte de fées, encore moins un jardin enchanté, mais le lieu de la tendresse de Dieu. Jésus nous y introduit avec le bien que nous avons fait durant notre vie et avec tout ce qui a besoin d’être racheté » (Audience du 25 octobre 2017).

Fondée en 1892 par le bienheureux Frédéric Janssoone, o.f.m.

Magazine d’information religieuse et de vie spirituelle, publié 10 fois l’an, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

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