PÈRE WEDNER BÉRARD, o.m.i.

PÈRE WEDNER BÉRARD, o.m.i.

Le pèlerinage haïtien, un travail colossal

Le pèlerinage haïtien, un travail colossal

ENTREVUE par Stéphane Gaudet

          NOVEMBRE 2022

PHOTO : STÉPHANE GAUDET

«  Il faut comprendre la culture des Haïtiens, leur mentalité, leurs émotions pour comprendre cet amour pour la Vierge Marie.  »

Le père Wedner Bérard, o.m.i. organisait pour une neuvième année le pèlerinage haïtien des 14 et 15 août derniers au Sanctuaire. Une tâche immense, qui exige un suivi soutenu, selon ses dires.

« C’est une grosse logistique. Je m’occupe de tous les domaines, tant la spiritualité et la liturgie que le côté festif et les concerts. Il faut trouver l’hébergement et la nourriture pour les chorales, trouver un prêtre pour la prédication du 14… Beaucoup de publicité à faire aussi, par exemple contacter les radios communautaires haïtiennes à Montréal, envoyer les dépliants dans les paroisses aux États-Unis. »

La principale difficulté pour le prêtre oblat, qui doit interagir avec un nombre incalculable d’interlocuteurs, est de rejoindre tout le monde en même temps et de faire l’arrimage. « Ça prend beaucoup d’énergie et de persévérance pour mobiliser, les gens n’ont pas que ça à faire, ils ont leur travail. »

Précieuse contribution

Il peut compter sur madame Pierrette Lavertu, une bénévole de la région de Montréal qui vient au Sanctuaire pour l’aider dans ce « travail colossal ». Il confesse : « Seul, je ne pourrais pas le faire aussi bien. Heureusement qu’elle est là chaque année pour me donner un coup de main. » Le père Bérard souligne aussi la précieuse contribution de ses amis à New York, à Boston, à Montréal, à Ottawa qui l’aident à coordonner le tout.

Mais pourquoi, si la tâche est si lourde, continuer à y œuvrer chaque année?

« D’abord, c’est ma mission. Et ce qui me motive, c’est la joie que je lis sur le visage des gens, de les voir heureux après la fête. Et ils sont d’une générosité incroyable ! Même si c’est parfois très difficile de travailler avec mes compatriotes, la satisfaction de la réussite collective l’emporte. »

La patronne d’Haïti

Marie occupe une place particulière dans la foi des catholiques haïtiens. « C’est la maman. Notre-Dame du Perpétuel Secours est la patronne d’Haïti. La majorité de nos grandes villes ont Notre-Dame comme patronne. »

Et Notre-Dame du Cap ? « Les gens trouvent un réconfort à pouvoir venir au Sanctuaire, à avoir une messe en créole où ils sont bien accueillis. Ils se sentent vraiment chez eux. Ils ont adopté Notre-Dame-du-Cap comme leur sanctuaire. C’est une affaire de cœur, d’émotion forte, d’amour. »

Il précise que le pèlerinage haïtien de cette année, après plus de deux ans de pandémie, était un coup d’essai. Réussi, selon lui, malgré quelques problèmes qui subsistent.

« Les gens qui viennent ici ne sont pas des gens riches, mais des gens qui ont une foi profonde et une forte dévotion comme fils et filles de Marie. »

« Les gens qui viennent ici ne sont pas des gens riches, mais des gens qui ont une foi profonde et une forte dévotion comme fils et filles de Marie. »

PHOTO : STÉPHANE GAUDET

Tant de choses à dire à Marie

Beaucoup parmi les Haïtiens qui viennent en pèlerinage au Sanctuaire prennent un an pour préparer ce voyage; c’est leur sortie de l’année. Wedner Bérard raconte qu’ils mettent de côté un peu d’argent chaque mois pour payer autobus, nourriture, hôtel, achats à la Boutique du Sanctuaire, intentions de messes, lampions à allumer… « Ça représente une bonne somme d’argent. Les gens qui viennent ici ne sont pas des gens riches, mais des gens qui ont une foi profonde et une forte dévotion comme fils et filles de Marie. »

Pour de nombreux pèlerins, il ne s’agit pas seulement de venir prier ou de passer un moment de fraternité. C’est une véritable thérapie. Ému, il explique : «Nous, nous avons la chance d’aller voir nos thérapeutes, nos psychologues pour parler de nos problèmes quand on doit affronter les aléas de la vie, mais les Haïtiens, quand ils viennent ici, très souvent on les voit rester deux heures, trois heures, quatre heures dans l’église et ils ne veulent pas sortir. Pour eux, Marie, c’est la mère qui les protège et à qui ils peuvent raconter toutes leurs petites histoires. Ils se sentent écoutés, en confiance. Ils savent qu’un jour ou l’autre, les prières vont monter au ciel et que les grâces vont redescendre sur eux et sur leur famille. Ce sont des moments forts. Parfois, on ne comprend pas, on se demande pourquoi les Haïtiens ne veulent pas sortir à la fin des messes, mais ils ont tellement de choses à dire à Marie, ils ont tellement de problèmes à raconter à leur maman, qui est comme leur psychologue ! »

Toute l’année

Cet automne, le père Bérard commence déjà à travailler pour le pèlerinage de l’année prochaine. En septembre et tout le mois d’octobre, il était en tournée à Washington, en Virginie, à Philadelphie, dans les faubourgs de New York comme Brooklyn et Long Island. « On profite des saisons, des fêtes qui sont consacrées à Marie pour aller faire la promotion auprès des fidèles pèlerins. » Et il repart en novembre dans le Grand Toronto.

En voyant le père oblat arriver dans leurs paroisses avec la statue de la Vierge pèlerine, les Haïtiens du Canada et des États-Unis savent que l’an prochain se prépare déjà. C’est aussi lors de ces visites qu’il repère les chorales. « On crée des partenariats avec elles, on les invite à venir chanter au Cap. C’est un travail de réseautage qui se fait par la promotion. »

Un travail qui ne fait que commencer. « Chaque année, on se met en route aussitôt que possible. C’est une opération sur toute l’année », conclut le père Bérard.

Fondée en 1892 par le bienheureux Frédéric Janssoone, o.f.m.

Magazine d’information religieuse et de vie spirituelle, publié 10 fois l’an, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

  • Abonnement
    (819) 374-2441 poste 173

  • Rédaction
    (819) 374-2441 poste 170