JE TE CHERCHE par Martin Yelle 

La route de Sara

Je te cherche04Sara Chapdelaine se présente comme une jeune femme de 29 ans au rire communicatif, mais dont le parcours de vie l'a menée d'un dépassement à l'autre.

«Le 31 mars 2006, un accident de la route entre son scooter et un camion met la vie de Sara en péril. Cet événement dramatique qui a entraîné l’amputation de sa jambe gauche alors qu’elle était adolescente l’a conduite à bien des questionnements. En retraçant son parcours jusqu’à aujourd’hui, Sara s’exprime ainsi : «On m’a demandé si je suis là où je veux être. J’ai répondu que je reconnais plutôt être là où je dois être.» 

Une suite de défis à relever

En préambule au récit des événements qui ont marqué sa vie, Sara affirme : «Dieu est au cœur de mon histoire, il est la raison de mes choix. » Issue d’une famille croyante et engagée depuis des générations, enfant, elle s’implique dans sa paroisse dans diverses activités telles que la chorale de jeunes et les Brebis de Jésus.

À 11 ans, à la suite de difficultés reliées à l’intimidation et également à la fin du cours d’enseignement moral et religieux catholique à l’école, Sara reçoit son éducation à la maison. Ce parcours scolaire sera marqué ensuite par bien des interruptions, provoquées par plusieurs problèmes de santé.  

Une vie ébranlée

À 13 ans, une première intervention chirurgicale visant à corriger une scoliose donne lieu à des complications, une infection commandant une deuxième opération un mois plus tard. Sara raconte qu’on priait pour qu’elle soit guérie miraculeusement et que l’intervention du départ soit un succès retentissant. La réalité de ce qui lui arrive l'interroge et elle connaît un premier tournant dans sa façon de vivre sa foi. «Qu’est-ce qu’un miracle?», demande-t-elle. «J’ai compris que c’est avoir la force de passer à travers ce qui nous arrive.» 

À 16 ans, Sara vit un terrible accident de la route alors qu’elle est en scooter. L’impact avec un véhicule lourd la laisse dans un état critique. Son corps est disloqué, une de ses jambes est en morceaux. Envoyée d’urgence à l’hôpital Saint-Justine de Montréal, elle subit une lourde intervention chirurgicale suscitant le concours de six chirurgiens pendant douze heures. On la maintient par la suite pendant trois mois dans un état de coma provoqué, la douleur aurait été insupportable. 

À trois reprises, on doit lui amputer la jambe gauche. Lors d’une de ces interventions, Sara subit une hémorragie majeure. Elle sera hospitalisée cinq mois et aura à vivre une longue réadaptation. Dans tous ces événements, une confirmation : son profond désir de vivre.

Sara explique : «Au niveau de ma foi, la question du “pourquoi moi” s’est posée. Je n’aurais pas aimé que cela arrive à une personne proche de moi, alors je remerciais Dieu de m’avoir choisie. Jésus a vécu la croix. Il a dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Ce que je vivais prenait sens, je peux aider avec ça.» 

Le chemin continue

La période de l’adolescence de Sara s’est déroulée avec cette suite d’événements qui ont bouleversé son cheminement scolaire. Elle s’est reprise à l’éducation aux adultes et a pu compléter un certificat universitaire en psychologie à Trois-Rivières où elle a également fait l'expérience de l’autonomie en appartement. Mais avant ces études, Sara a eu la chance de vivre les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de Madrid en 2011 et de Rio en 2013. En 2014-2015, elle vit l’expérience des équipes NET (Nouvelle évangélisation sur le terrain). Un groupe de jeunes provenant de diverses régions du Canada font une expérience communautaire en vivant un projet d’engagement missionnaire. L’équipe à laquelle Sara se joint vit le sien dans la Beauce. Ce projet, qu’elle a trouvé exigeant, lui a permis de découvrir les richesses et les défis des différences d’âge, de maturité et de culture. «Ce n’est pas parce qu’on est tous croyants que nous avons la même vision des choses», remarque-t-elle. 

Beaucoup de questions habitent Sara. Parfois, elle se sentait fatiguée de devoir toujours raconter son histoire, mais, avec le temps, elle comprend que c’est une porte pour entrer en relation avec les personnes qui, après coup, se confient naturellement à elle. 

En relisant son histoire, Sara découvre le projet de Dieu dans sa vie. Ce projet se dessine dans les grandes vagues de fonds qui constituent son histoire. Les événements heureux et tragiques vécus par Sara lui ont permis de voir se révéler ce mystère d’une présence de Dieu au cœur de son histoire. Comme le dit si bien Jean Guitton : «De même que l’on reconnaît l’amour qu’un être avait pour nous après sa mort, de même on ne voit bien le passage du divin qu’après coup» (Jean Guitton, 1964).