IL N'EST PAS ENCORE TROP TARD par Normand Provencher, o.m.i.

Oser
l'espérance

Normand Provencher

Les jeunes générations ne pensent pas et n’agissent pas comme ceux qui ont de l’âge. La société est entrée dans une nouvelle ère, marquée par l’apport des sciences et des technologies qui entraînent une nouvelle culture. La foi devient une réalité de plus en plus privée et l’Église est confrontée à des défis et des mutations, imprévisibles il y a quelques décennies. Or, comment réagir comme chrétiens et chrétiennes ?

Retourner au passé, souvent idéalisé, n’est pas la solution de Vatican II ni des derniers papes. À la suite d’Abraham et de Sara, nos ancêtres dans la foi, nous sommes appelés à aller ailleurs, vers l’inconnu. Là, Dieu y est déjà présent et nous attend. «Si Dieu est Dieu, écrit le penseur Maurice Bellet, il a bien le droit d’être où il veut et quand il veut, tout à fait en dehors de nos discours sur Lui, de nos piétés, de nos rites, de nos savoirs.»  

Espérer, c’est tout attendre de Dieu

Il n'est pas encore trop tard01«Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance. Et je n’en reviens pas. Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.» Ces mots bien connus du poète Péguy expriment que l’espérance est une réalité fragile. Mais avec elle, la vie ne s’arrête pas; au contraire, elle nous rend capables de tout attendre de Dieu, à la condition de vivre lucidement le présent avec nos limites et nos fragilités. L’espérance ouvre un nouvel avenir dont nous sommes les artisans. Loin de nous évader dans le rêve et l’illusion, l’espérance réfléchie et partagée ouvre des possibilités insoupçonnées jusqu’à maintenant. Le moment est venu de rendre l’espérance visible, de lui donner des mains et des pieds, et de la mettre sur la place publique. Il nous faut donc créer des lieux et des écoles d’apprentissage de l’espérance, s’exprimant dans des projets modestes qui auront un effet d’entraînement et éclipseront la morosité et le défaitisme. 

François, le pape de l’espérance

On ne peut pas reprocher au pape François de manquer de lucidité sur la crise actuelle de l’Église. Dès le début de son pontificat, il propose avec audace son programme d’une réforme de l’Église et d’un retour à l’Évangile, en dépit d’une certaine opposition. Lors d’une audience à l’approche de la Pentecôte, en 2017, le Pape compare l’espérance à une voile : «Si l’ancre est ce qui donne à la barque la sécurité et la tient “ancrée” dans l’ondulation de la mer, la voile, elle, est ce qui la fait se mouvoir et avancer sur les eaux. L’espérance est vraiment comme une voile : elle recueille le vent de l’Esprit Saint et le transforme en force motrice qui pousse la barque, selon les cas, au large ou vers la rive.» 

À un autre moment, le Pape montre le Ressuscité qui emploie «sa thérapie de l’espérance» avec les deux disciples, déçus et désespérés, sur la route vers Emmaüs. Sans s’imposer, il marche avec eux, les écoute, leur parle et se fait inviter à leur table. Et leur cœur recommence alors à brûler d’espérance. 

Dans les pires moments qui nous semblent sans issue, le Seigneur marche toujours avec nous. C’est là notre raison d’espérer.