Pause-café

LE CRI DE LA TERRE par Carl Tournier

          OCTOBRE 2021

PHOTO : NATHAN DUMLAO/UNSPLASH

On consomme environ 2,5 milliards de tasses de café tous les jours dans le monde. Cette boisson, qu’on peut trouver pratiquement partout, connaît une demande fulgurante et brasse des affaires à hauteur de 80 milliards $ par an. En expresso ou « filtre », elle fait le bonheur de ses amateurs et la fortune de quelques-uns. Mais qu’en est-il des producteurs du Sud, là d’où proviennent les grains si convoités ?

Du caféiculteur au consommateur

La culture du café est la principale source de revenu pour les quelque 25 millions de caféiculteurs du monde. De ce nombre, 80 % d’entre eux sont de petites productions familiales. Mais combien rapporte cette denrée à ceux et celles qui la cultivent et la récoltent ? Les chiffres diffèrent d’une source à l’autre mais font sourciller: pour une livre (454 grammes) de café vendu ici à 7,50 $ en moyenne, certains gros producteurs toucheraient 0,90 $ et les petits producteurs, quant à eux, entre 0,03 $ et 0,15 $. Une misère. Quel agriculteur d’ici accepterait pareille marge de profit?

Cette iniquité avérée naît dans le processus d’acheminement du produit, du caféiculteur jusqu’au consommateur : pas moins de huit intermédiaires entre les deux. Que ce soit le fournisseur, le commerçant ou l’un des brokers des bourses de New York ou de Londres, chacun touche une part des profits sur le produit. Heureusement, plusieurs buveurs de café connaissent déjà l’alternative du commerce équitable, qui réduit le nombre d’intermédiaires et permet aux producteurs de toucher un revenu plus adéquat. Il y a toutefois un bémol, selon certains : même équitable, ce commerce fait perdurer la monoculture du café et une dépendance commerciale des caféiculteurs à l’endroit des marchés du Nord.

Une juste rémunération

La doctrine sociale de l’Église avance que toute personne a droit à un travail digne et une rémunération juste et équitable. Cela va de soi. D’un autre côté, l’habitude des consommateurs de se procurer des produits le moins cher possible entretient cette iniquité. Cet esprit mercantile pousse le marché à obtenir un café – ou tout autre produit – à bas prix, mais inéquitable. Nous sommes donc partie prenante, de façon consciente ou non, de cet état des choses. Et il n’y a pas que le café; le cacao, le thé, la banane et plusieurs produits venant du Sud sont soumis à cette logique marchande générant un travail mal rémunéré. Seraient-ce les restes d’un certain colonialisme ?

Quoiqu’on en dise, les produits labellisés « équitable » restent un choix plus judicieux pour tous les caféinomanes, chocomanes ou amateurs de bananes. L’important est de tendre vers une économie plus juste, mais aussi d’envoyer les enfants des caféiculteurs à l’école plutôt que dans les plantations de café afin d’aider leurs parents à gagner plus d’argent.

Assoquebecequitable.org

Fondée en 1892 par le bienheureux Frédéric Janssoone, o.f.m.

Magazine d’information religieuse et de vie spirituelle, publié 10 fois l’an, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

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