ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef

Pour une culture de
       la transparence

edito01v3«Je vais tout raconter à la Sainte Mère Église, où ils vont m’écouter et me respecter. La première chose qu’ils ont faite a été de me traiter de menteur, de me tourner le dos et de dire que moi et d’autres étions des ennemis de l’Église.» 

Cette histoire d’un catholique chilien victime d’abus sexuel a été l’un des cinq témoignages entendus à l’ouverture de la Rencontre sur la protection des mineurs dans l’Église. Ce sommet sans précédent, voulu par le pape François, a réuni au Vatican 114 évêques présidents de conférences épiscopales nationales du 21 au 24 février derniers. Le Pape souhaitait qu'ils entendent les témoignages des victimes et que tous sachent comment agir face au crime des agressions sexuelles de mineurs en Église. 

edito01En cette matière, on le sait, l’Église a souvent préféré le silence et l’aveuglement volontaire à l’écoute des victimes, se montrant incapable de répondre correctement à leur souffrance. Le pape François lui-même a reconnu l’existence d’une «culture de l’abus, ainsi qu’un système de couverture qui lui permet de se perpétuer» dans son message aux laïques chiliens en mai 2018. 

Cette culture d’une Église qui couvre les crimes de ses prêtres nuit tout autant, sinon plus, à l’Église et à sa crédibilité que les abus eux-mêmes. Dans sa lettre du 1er janvier 2019 à la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, le Pape écrit : «L’attitude de dissimulation, comme nous le savons, loin d’aider à résoudre les conflits, leur a permis de se perpétuer et de blesser plus profondément le réseau de relations que nous sommes aujourd’hui appelés à assainir et à restaurer. » Au deuxième jour de la Rencontre sur la protection des mineurs, le cardinal allemand Reinhold Marx abondait dans le même sens en déclarant : « Ce n'est pas la transparence qui nuit à l'Église, mais plutôt les actes d'abus commis, le manque de transparence ou la dissimulation qui en résulte.» 

C’est tout un système qui craque, un système du secret, du camouflage, d’une Église moins soucieuse des victimes que de son image et de sa survie comme institution. Après ces quatre jours à Rome où la question des abus a été abordée crûment, sans tabou, personne ne peut persister dans le déni. L’Église n’a plus le choix de changer. 

Les crises ont souvent un effet purifiant. La crise que traverse l’Église actuellement lui permettra-t-elle de se purifier? On l’espère. Le pape François, honteux, semble déterminé à en finir avec cette culture de l’abus et de la dissimulation. L’événement même de la Rencontre sur la protection des mineurs dans l’Église le montre. Encore faut-il que cette rencontre historique débouche sur autre chose que des vœux pieux, et que la culture du secret cède la place à une culture de la transparence. C’est une certaine forme d’Église qui doit mourir pour qu’une autre naisse. 

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