VIVRE par Jean-Paul Simard — Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


Pourquoi?

La vie est faite de paradoxes. L’autre jour, quelqu'un d'un certain âge me faisait cette réflexion concernant la mort : « Le Bon Dieu vient chercher des gens jeunes, alors que plein de personnes âgées et malades souhaitent une mort qui ne vient pas. Quelle injustice! » 

Plusieurs questions se posent ici. D’abord, est-ce vraiment le Bon Dieu qui vient nous chercher, ou ne serait-ce pas plutôt la mort? Et selon quelle loi? Comment est fixé le décret qui préside à la fin de notre destinée? Pas facile d’y répondre. Nous sommes devant l'une des grandes questions de l’existence. 

Un domaine à apprivoiser

S'il ne s'agissait que du constat de la mort, passe encore. Tout le monde sait bien que l'on naît pour mourir. Malgré l'ère des prodiges de la technologie, l'affirmation de la philosophie traditionnelle pour qui tous les hommes sont mortels demeure toujours une vérité incontournable. Le problème n'est pas là. Il réside bien plutôt dans le fait que la mort agit souvent sans discernement. Jeune ou vieux, riche ou pauvre, elle coupe indifféremment le fil du destin. Semblable à cette faucheuse que les Anciens avaient imaginée, la mort happe indifféremment, sans plus de condescendance pour ceux qui portent la promesse de la vie que pour ceux qui souhaitent en voir la fin. En effet, pour ces derniers, quel plaisir y a-t-il dans la vie quand on vieillit au point de ne plus reconnaître ses enfants, ses amis, ou même sa propre image déformée par la souffrance et l'angoisse? 

Vivre01Nous ne pouvons savoir quand s’arrêtera notre destin. La mort n'est pas une science exacte. C'est heureux qu'il en soit ainsi, car en ce domaine, il vaut mieux ne pas savoir, l'attente serait insupportable. L'angoisse irait grandissant jusqu’à l'échéance. Aussi, le comportement le plus sage résiderait dans l’attitude qui amène à apprivoiser la mort en la regardant à travers le prisme de la lumière. 

De la nuit à la lumière

De nos jours, la conscience populaire a trouvé une très belle image pour traduire le passage dans la grande nuit. Au terminus des vivants, la nuit ressemblerait à la lumière. Il y aurait une éternité lumineuse qui nous attend. S'amorce alors la marche de l'âme et celle de la continuité de l'être qui doivent faire de nous des humains pleinement réussis. N'est-ce pas une réponse rassurante au schéma purement existentialiste du destin : « Tu nais, tu vis et meurs, et après c'est le néant »? 

C'est ici que se pose avec le plus d'acuité la question contenue dans l'allégation du début. Pour Dieu, le problème de l'échéance de la vie, qu'elle se situe dans la fleur de l'âge ou dans l'ultime maturité, ne semble pas compter. Ne dit-on pas qu'à ses yeux, « mille ans sont comme le jour d'hier, quand il n'est plus » (Psaume 89)? Et puis, il y cette parabole de Matthieu où l'on apprend que les ouvriers de la onzième heure seront aussi bien payés que les premiers. Voilà qui nous plonge dans l'un des secrets divins les mieux gardés. Et pour cause! Les voies de Dieu sont insondables, nous dit la Bible. Mais cela ne m'empêche pas de me tourner du côté de la sagesse pour trouver une réponse, soit dans cette réflexion que faisait un jour Sénèque dans Lettres à Lucilius : « La vie, c'est une pièce de théâtre : ce qui compte, ce n'est pas qu'elle soit longue, mais qu'elle soit bien jouée. » 


Jean-Paul Simard est écrivain.
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