Problèmes de mémoire

ÉDITORIAL par Stéphane Gaudet, rédacteur en chef

          Mai 2021

Chez nous comme ailleurs en Occident, dans la société comme en Église, nous semblons avoir un problème avec le passé. Des problèmes de mémoire, en fait.

Une première attitude malsaine consiste à se réfugier dans le passé pour fuir un monde qu’on trouve devenu trop compliqué. Comme si la vie était nécessairement plus simple et meilleure autrefois. Ce peut être tentant, mais ce n’est pas réaliste. Ce passé dans lequel on souhaite vivre n’existe plus, le temps a suivi son cours. C’est alors une image idéalisée et figée du passé qu’on a en tête, qui n’existe pas ailleurs que dans l’esprit. Tôt ou tard, le présent nous rattrape ! « Notre maître, le passé » a écrit Lionel Groulx, reprenant un mot d’André Beaunier. Faire du passé notre maître, c’est faire en sorte que les morts gouvernent les vivants. Est-ce vraiment souhaitable ? Vivre dans le passé n’a jamais été une solution aux problèmes du présent (les fuir non plus). Et en Église, ce n’est pas la solution retenue par le concile Vatican II ni par les papes récents.

L’autre attitude inadéquate face au passé est de vouloir en faire table rase. Certains cherchent à effacer tout ce qui dans l’histoire ne fait plus leur affaire, à faire disparaître toutes les traces de ce dont ils ont honte (notamment notre passé religieux). Ou encore, on cherche à réécrire l’histoire pour qu’elle convienne mieux à la sensibilité contemporaine. S’il fallait déboulonner les statues de tous les personnages historiques dont la moralité n’est pas conforme à celle d’aujourd’hui, nous n’aurions plus que des socles vides. Quant à débaptiser, dans le même esprit, les noms de rues immortalisant des individus supposément devenus controversés, aussi bien ne plus donner que d’insignifiants noms de fleurs ou d’arbres à nos voies de circulation.

Entre ces deux attitudes erronées, il doit bien y avoir un juste milieu. Le passé est le passé, rien de plus. Avoir des traces de celui-ci dans notre présent, avec une dose d’esprit critique pour ne pas répéter les mêmes erreurs, est utile à notre mémoire collective : on se souvient d’où on vient, on prend conscience de tout le chemin parcouru. Une relation saine avec le passé exige de l’accepter tel qu’il a été, sans l’idéaliser ni en avoir honte, en le mettant en contexte.

Je fais mienne cette citation de Montalembert que notre collaborateur Réjean Bernier a insérée dans sa chronique « Coups d’œil » en septembre dernier : « Pour juger du passé, il aurait fallu y vivre; pour le condamner, il ne faudrait rien lui devoir. »

Fondée en 1892 par le bienheureux Frédéric Janssoone, o.f.m.

Magazine d’information religieuse et de vie spirituelle, publié 10 fois l’an, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

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