Regard libre sur les chemins parcourus

À BÂTONS ROMPUS par Paul Arsenault, o.m.i.

          DÉCEMBRE 2022

Les clés du bonheur
PHOTO : ARCHIVES SANCTUAIRE NOTRE-DAME-DU-CAP

Peut‐on faire du neuf durable si l’on efface les traces des chemins parcourus?
– Jacques Grand’Maison, Société laïque et christianisme

Nous avons besoin du passé pour comprendre le présent. Lire et relire notre histoire avec une double paire de lunettes : lunettes du passé et lunettes d’aujourd’hui. Sinon, on n’y comprend rien, on fait fausse route. Pire encore : on porte des lunettes roses où tout est beau; ou on porte des lunettes noires où tout est laid.

Je vous partage mon regard sur 54 ans d’engagement dans ce lieu de pèlerinage qu’est le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap. Un regard libre sur les nombreux changements vécus ici. Je mettrai ma caméra sur les Gardiens du Sanctuaire puisque les changements passent nécessairement par eux.

Le temps de la foi

Avec le Père Frédéric, le premier directeur des pèlerinages, nous avions l’impression d’être à Jérusalem tellement le lieu ressemblait à celui de la Terre sainte. C’était le temps de la fraîcheur des premiers amours, le temps de la foi avec les signes qui l’accompagnent : pont des chapelets, prodige des yeux.

Après les semailles et les premières récoltes viendra le temps des épreuves, dont la mort subite du curé Désilets. De toute façon, la tâche des pèlerinages devenait trop lourde avec celle de la paroisse.

Il faudra affronter la Première Guerre mondiale et adapter nos engagements, selon nos capacités et la réalité : peu de prêtres, peu de ressources matérielles. On fera appel à quelques communautés religieuses pour assumer la tâche de Gardiens du Sanctuaire.

Le 7 mai 1902, une équipe de quatre religieux arrivent pour prendre la responsabilité de l’œuvre des pèlerinages. Ce mois consacré à Marie allait donner une couleur mariale propre aux Oblats de Marie Immaculée. Les oblats Joseph Jodoin, Joseph Dozois, Odilon Chevrier et François-Xavier St-Onge allaient imprimer en ce lieu saint le caractère missionnaire de leur Congrégation. Ces nouveaux Gardiens avaient en mémoire les événements portant la signature de Dieu et de Marie en ce lieu. Cette équipe oblate a fait des merveilles dans la mise en place des infrastructures. Ils ont donné à ce lieu un visage québécois. Des bâtiments sans cacher le Saint-Laurent. En rafale : la résidence oblate toute sertie de pierres; les Jardins de la Vierge, vaste verdure en pleine ville; une plantation de centaines d’ormes, un lac, un chemin de croix, un chemin du rosaire. La présence des Servantes de Jésus-Marie et de nos jours des Carmes donneront à ce lieu une couleur monastique.

Les Gardiens à cette époque ont accompli une tâche colossale, ils ont érigé des oeuvres matérielles dont la beauté élève l’âme, nourrit la prière, provoque la contemplation, jusqu’à lire: Nous avons vécu ici un coin du ciel.

L’âge d’or du Sanctuaire

Les années de l’après-Deuxième Guerre mondiale auront fourni le terreau pour que poussent les arbres dans les jardins bien entretenus. À tel point que l’on parle de l’âge d’or du Sanctuaire Notre-Dame du Cap.

Une autre époque avec de nouveaux Gardiens : une vingtaine d’oblats parmi lesquels se distinguent Paul-Henri Barabé, l’homme du projet grandiose qu’était la basilique, dont il disait qu’elle est « l’œuvre de la piété de nos gens ». Le Sanctuaire a connu un changement majeur dans la promotion de l’œuvre. L’oblat Jacques Rinfret a passé ses hivers à faire connaître le Sanctuaire aux États-Unis et au Canada.

Notre-Dame du Cap part en pèlerinage d’un océan à l’autre, secouant la foi en train de sombrer dans la dormance.

On se souvient, non sans nostalgie, des guérisons d’Isabelle Naud, de Claudette Larochelle. Et ces innombrables guérisons intérieures au fil des ans, seules connues de Dieu, et certes de Notre-Dame du Cap… Et comment oublier le miracle financier qu’est ce Sanctuaire avec un budget bâti sur de possibles héritages !

Au lendemain de la guerre, l’économie roule à plein. Les pèlerins sont au rendez-vous. Les quêtes sont bonnes. Le concile Vatican II marque la pastorale.

L’oblat Noël Poisson sera le Gardien du renouveau: création des groupes du rosaire, groupes de prière charismatique, souffle nouveau pour la neuvaine de l’Assomption, naissance de Cap-Jeunesse. En un mot, mise à jour du Concile à Notre-Dame-du-Cap. Création de chants marials et autres, messes rythmées, concerts d’orgue, processions aux flambeaux. Tant de créativité pastorale et pourtant, la pratique de la foi bat de l’aile. L’Église devient une étrangère dans un monde scientifique. Le pèlerinage du pape Jean-Paul II avait suscité enthousiasme et espoir dans l’Église d’ici, mais les fruits n’ont pas suivi dans la société sécularisée.

Les pèlerins ont soif

Le nouveau millénaire provoque des changements profonds. Nous optons pour une nouvelle structure de gouvernance qui favorise un leadership ouvert aux ressources communautaires. Une autorité qui s’inspire de la manière synodale de gouverner. Le pèlerinage est une mission sur place, mais sans oublier les pèlerins dans la périphérie. En même temps monte un désir d’internationalité devant le phénomène de l’immigration des peuples. C’est la dimension missionnaire du pèlerinage au cœur du monde, marqué par la mondialisation de l’indifférence. Nous devons inventer une nouvelle évangélisation pour rejoindre le peuple de Dieu. Les pèlerins se font moins nombreux. Ils viennent pour des événements spéciaux, des événements ponctuels.

Les pèlerins de ce temps ont faim et soif d’autre chose. Soif de valeurs spirituelles. Soif d’entendre parler de Dieu. Sinon, disait le philosophe Aristote, on réduit l’être humain en ne lui parlant que de l’humain.

Ne serait-ce pas un signe de vitalité que ce grand projet de développement en train de naître ? Me vient en mémoire ce verset du psaume 124 : « Qui s’appuie sur le Seigneur ressemble au mont Sion : il est inébranlable, il demeure à jamais. »

Faire du neuf durable

Parvenus à la croisée de tant de chemins parcourus, de tant de changements opérés à la suite de nos devanciers, quelle direction prendre si ce n’est celle qui mène à la Maison où nous attend notre Mère ? Elle a demandé pour nous un rendez-vous avec son Fils. Pour faire du neuf durable, il nous fera vivre le plus grand changement qui soit : notre conversion avec un cœur nouveau et un esprit nouveau. Ne serait-ce pas ce que l’on peut faire de mieux pour le monde?

Fondée en 1892 par le bienheureux Frédéric Janssoone, o.f.m.

Magazine d’information religieuse et de vie spirituelle, publié 10 fois l’an, en association avec la mission du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

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