Vieux comme Mathusalem

REGARDS BIBLIQUES par Sébastien Doane
            Professeur d’études bibliques Université Laval

          OCTOBRE 2022

L’âge légendaire des patriarches bibliques pose question. Quelle était l’espérance de vie dans les temps bibliques ? À l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées le 1er octobre, regardons ce que la Bible dit du vieillissement.

PHOTO: ISTOCKPHOTO.COM/CLU

Si l’espérance de vie a augmenté de façon significative au 20e siècle, la longévité des humains a toujours été relativement similaire. L’espérance de vie est une moyenne. Ainsi, si une personne meurt à un an et l’autre à 70 ans, la moyenne est de 35. Pourtant, dans la rue, on ne verrait que la personne décédée à l’âge plus avancé. Il est difficile d’être précis, mais on estime qu’à cause de la grande mortalité infantile dans l’Antiquité, l’espérance de vie était d’environ 30-35 ans. Un tiers des bébés mouraient dans leur première année, et la moitié des enfants avant l’âge de 10 ans. Mais attention, les durées de vie de ceux qui passaient cet âge étaient semblables aux nôtres. Par exemple, au 7e siècle av. J.-C., le poète grec Hésiode indique qu’un homme devrait se marier à partir de l’âge de 30 ans. Le psaume 90 donne une idée de la longévité de l’époque de sa rédaction : « Notre vie ? Elle dure soixante-dix ans, quatre-vingts ans pour les plus vigoureux. »

Comme l’expression le dit, Mathusalem est le personnage biblique dont la vie était la plus longue. Il faut savoir que les premiers chapitres de la Genèse ne reflètent pas la vie telle que nous la connaissons. La durée de vie extrême des patriarches diminue pour trouver des durées « normales » après Moïse. Cette décroissance suit le passage entre les récits des origines du monde et des ancêtres de l’humanité vers des récits concernant l’histoire d’Israël. Du côté du Nouveau Testament, la championne est la prophétesse Anne, qui rencontre le bébé Jésus au Temple alors qu’elle a 84 ans (Luc 2,37).

Entre bénédiction et misère

La plupart des textes bibliques qui parlent de vieillissement le font en soulignant la bénédiction de vivre de nombreux jours. En effet, Dieu récompensait les fidèles par une longue vie. « Il ranimera ta vie et il assurera tes vieux jours » (Ruth 4,15). En particulier, comme l’exprime l’un des dix commandements, le soin de nos parents influence notre propre longévité : « Honore ton père et ta mère, comme le Seigneur, ton Dieu, te l’a ordonné, afin que tes jours se prolongent et que tu sois heureux sur la terre que le Seigneur, ton Dieu, te donne » (Deutéronome 5,16).

J’entends déjà mon père s’opposer : « Ben voyons donc ! » À 75 ans, après des opérations aux deux genoux, il voit plutôt les difficultés de « l’âge d’or » et perçoit l’aspect éphémère de la vie plus que jamais. Sans doute qu’il serait d’accord avec le psaume 90, qui indique que ces années sont « peine et misère; c’est vite passé, et nous nous envolons» ou avec Job (12,20) qui souligne qu’avec le passage du temps, Dieu « ôte la parole aux bons orateurs, et il enlève le bon sens aux vieillards ».

S’il pouvait répondre à mon père, Paul – qui lui-même se désigne comme vieillard dans la lettre à Philémon (1,9) – dirait peut-être : « Ne perdons pas courage ! Même si notre être physique se détruit peu à peu, notre être spirituel se renouvelle de jour en jour. La détresse que nous éprouvons est passagère et légère, mais elle produit pour nous, au-delà de toute mesure, son pesant de gloire éternelle… Ce qui est visible est provisoire, mais ce qui est invisible dure toujours » (2 Corinthiens 4,16-18). Je ne sais pas si cela le convaincrait, mais la foi chrétienne regarde au-delà de la finitude de nos corps. Cela dit, les textes du Nouveau Testament soulignent aussi le côté éphémère de la vie : « Vous ne savez pas ce que votre vie sera demain. Vous êtes, en effet, comme un léger brouillard qui apparaît pour un instant et qui disparaît ensuite » (Jacques 4,14).

Quelques conseils

Nous avons déjà vu que les dix commandements demandent de respecter nos parents. D’autres passages indiquent que cette attitude doit être étendue aux personnes âgées en général. Par exemple, « tu te lèveras devant les cheveux blancs, tu honoreras le vieillard. Tu craindras ton Dieu » (Lévitique 19,32).

Aussi, peut-être que nous pouvons regarder vers nos aînés pour de bons conseils puisque « chez les vieillards se trouve la sagesse, dans la longueur des jours l’intelligence » (Job 12,12). De plus, la transmission de la foi est une des fonctions importantes attribuées aux personnes âgées : « Aussi, jusque dans la vieillesse aux cheveux blancs, ô Dieu, ne m’abandonne pas, afin que je dise ta force à cette génération, ta puissance à tous ceux qui viendront » (Psaume 71,18). « La force est la parure des jeunes gens, les cheveux gris sont l’honneur des vieillards » (Proverbes 20,29).

C’est peut-être pour ces raisons que l’organisation de la première Église s’est faite autour d’« anciens », presbyteroi en grec. Ceux-ci représentent la sagesse, ils ont été éprouvés et peuvent témoigner de l’action de Dieu dans leur vie. Je termine en rappelant une parole qui, j’espère, prendra chair dans nos vies : « Je le comblerai de longs jours et je lui manifesterai mon salut » (Psaume 91,16).

sebastien.doane@ftsr.ulaval.ca


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