ans les années 60, l'expression « village global » fit son apparition pour parler d'un monde où les distances physiques sont abolies par la technologie. Des décennies avant l'apparition d'Internet, le sociologue canadien Marshall McLuhan tentait de comprendre un monde où tout se sait tout de suite, où les images d'un événement à un bout de la Terre peuvent mener à une révolution à l'autre bout quelques heures plus tard. Malgré cette « contraction » de la Terre et la complexification de la cohabitation sur celle-ci, nous sommes bien loin d'y retrouver la chaleur humaine des villages de nos campagnes.
LE MOINDRE EFFORT
Certes, la proximité des habitants au sein d'un village pouvait se traduire par une tendance au commérage sur le perron de l'église ; c'était en quelque sorte le Facebook de l'époque, où se colportaient tous les ragots. Cependant, certaines formes de solidarité venaient contrebalancer ces indiscrétions. Un autre penseur, Albert Borgmann, remarquait que des corvées comme la coupe du bois de chauffage, en mobilisant toute une communauté, entretenait les liens sociaux. Or, cette même technologie qui fait de la planète un village nous a délesté de la nécessité d'une telle solidarité. Le chauffage central permet de régler la température de son foyer avec la simple poussée d'un doigt sur le thermostat.
Clarifions : pratiquement personne ne regrette ces journées où l'on s'éreintait à manipuler un godendard ! Tout aussi rares sont ceux qui réalisent ce que nous avons perdu avec celles-ci. Bien que je puisse avoir des discussions vidéo en temps réel avec des amis déménagés en Europe, je ne peux compter sur eux pour venir garder ma fille de trois ans le temps d'une emplette. Cette codépendance n'existant plus, ces relations s'atrophient jusqu'à devenir des souvenirs sans réciprocité. Si l'adversité est l'étoffe avec laquelle nous tissons des relations humaines, la facilité que permet le progrès technologique peut tout aussi bien les étioler.
QUI EST MON PROCHAIN ?
Plutôt qu’un village global, je propose de parler d’une banlieue planétaire. Tout le monde « zieute » par-dessus la haie de cèdre, chez le voisin, même à un continent d’écart : par le numérique, notre curiosité perce tous les rideaux. Pourtant, les civilisations s’évitent du regard. La rivalité pour la pelouse la plus verte du voisinage se mondialise. Nous ne vivons plus ensemble sur cette Terre, avec notre prochain, mais l’un à côté de l’autre, en simples voisins.
Notre Infolettre
Soyez à l'affût des nouveautés.
En vous inscrivant, vous consentez à notre politique de confidentialité.
« En Haïti, vivre devient effrayant »
Le père oblat Joseph Charles décrit la situation invivable dans laquelle se trouve aujourd'hui le peuple haïtien : gangstérisme, corruption, dénuement extrême.
L’argent, pour le meilleur et pour le pire
Bon ou mauvais, l’argent ? Découvrez avec deux biblistes renommés ce qu’en disent les Écritures, dans l’Ancien Testament comme dans les Évangiles.
La banlieue planétaire
La technologie est censée nous rapprocher les uns les autres. Mais est-ce vraiment le cas ? Nos relations humaines sont-elles meilleures grâce à elle ?